Page d'archive 5

Son dernier mot

A-t-il trop longtemps attendu
Une heure qui n’est jamais venue ?
Cet homme cet homme cet homme
Cet homme un jour s’est tu
Cet homme s’est tu

Est-ce à cause de la danse, la chance
Des étoiles ou de leur absence ?
Cet homme cet homme cet homme
Cet homme un jour s’est tu
Cet homme s’est tu

Cet homme cet homme cet homme
Cet homme sais-tu
S’il a dit son dernier mot ?
Cet homme un jour s’est tu
A-t-il dit son dernier mot ?

*** *** *** *** *** ***

Descendu au torrent
Je regarde le courant
Il m’invite à rêver
C’est tout ce que j’ai fait

En attendant le train

Je dis : Bonjour, ma belle
Tu es pleine de promesses
Elle m’répond qu’elle est belle
Qu’je suis plein de promesses

Et d’un mouvement vif de la main
La mèche repasse derrière l’oreille
Elle est assise là sous le soleil
Comme ce quai qui attend son train

Je dis : Bonjour, ma belle
Elle m’répond qu’elle est belle

Une orange bleue sort de son sac
Et puis devient le monde dans sa main
Elle espère que tout ça n’est pas vain
Comme des pluies qui attendent leur lac

Je dis : Bonjour, ma belle
Elle m’répond qu’elle est belle

Sera-t-elle la dureté ou les caresses ?
Moi, serais-je l’énergie ou la paresse ?

Elle peut stopper ma chanson d’amour
Bien avant que je ne trouve ma voix
Je peux presque la toucher du doigt
Comme ces vers qui attendent leur jour

Je dis : Bonjour, ma belle
Tu es pleine de promesses
Elle m’répond qu’elle est belle
Qu’je suis toutes ses promesses

Brautigan ( Une ode )

Après avoir rendu le film que je n’avais pas regardé, le livre que je n’avais pas lu et les trois disques, je me mis à feuilleter un Brautigan. Il pleut en amour … Par la grande baie, un grand soleil d’octobre.

C’est comme ça que je la vis. J’écarquillais les yeux. C’était bien elle. Pas de doute. Ça faisait si longtemps. Dissimulé derrière les rayonnages, je me mis à l’observer. Je la trouvais amaigrie. Le teint blanchâtre. Une vague tristesse m’envahit : j’espérais que sa longue absence n’était pas due à la maladie.

Je me décalais légèrement vers les Bukowski mais ce changement ne me satisfit pas du tout, je revins vite à mon emplacement initial. J’y fus rasséréné, je la voyais bouger, évoluer derrière son bureau, renseigner les lecteurs, leur sourire. Non, aucune maladie dans tout ça ! Tout allait bien ! Oui ! Tout allait toujours bien ! Tout allait bien !

Aucune demande de renseignement ne me vînt et je restais donc là un œil sur Brautigan et l’autre sur elle. Brautigan, le meilleur angle de vue de toute la bibliothèque !

Pour revenir chez moi, je pris un chemin différent. J’y vis beaucoup de choses. Toutefois, quand j’ouvris la porte de mon appartement, je ne me souvenais de rien. Je ne me souvenais pas de l’homme qui boitait que j’avais vu de dos, je ne me souvenais pas de la photo d’une mère avec son enfant sur une publicité quelconque.

A la fenêtre du train

Je l’aime et …

Loin, à la fenêtre du train, je vois bien, je vais loin, danse devant moi, des sommets pimpants, des collines de satin, des landes impeccables dans le rouge et le sable.

Loin, à la fenêtre du train, je sais déjà, je suis loin, s’écrivent sous mes yeux, des romans fleuves, des poèmes urbains, des complaintes automnales dans le bleu et l’impérial.

Loin, à la fenêtre du train, je vais aussi, je rejoins, des ailleurs si j’y suis, des souvenirs de rubis, des adieux lointains, des étoffes siamoises dans le noir et l’ardoise.

Imagination

Je l’aime et …

Je n’ai pas d’imagination.

Si j’imagine un homme qui marche, il longe un champ piqueté de ballots de foin et s’il ne se rappelle pas avec nostalgie des étés de son enfance, il le fera d’autres étés pas aussi lointains …
Si j’imagine cet homme en compagnie d’une femme, il est mal à l’aise et cherche le plus sûr moyen pour s’éclipser et lorsqu’il aura réussi à le faire, il en viendra à se souvenir avec tristesse des jours heureux passés aux côtés de celle qui l’a quitté …
Et si cet homme imagine une femme, elle ressemblera à celle qui l’a quitté et elle sera dans son lit, le v de ses jambes, la générosité de sa poitrine, tout son corps sera au diapason de son ventre se creusant. Comme ses yeux bleus pour le voir, ses boucles blondes pour capturer son souffle.

Souvent

Elles sont au comptoir.
Elles prennent un verre. Elles disent « Merci ». « C’est gentil ». Elles sourient. Quand on pose la question, elles disent qu’elles passent une bonne soirée. Elles fument parfois, alors elles sortent un moment sur le trottoir et alors on les suit. Peut-être il vaut mieux qu’elles parlent beaucoup. Même si c’est de tout et de rien.
Elles sont belles. Elles sont sûres d’elles, ça les rend encore plus belles. Elles écartent parfois leurs cheveux, quand elles les ont longs. Elles portent des jupes, souvent, courtes plus souvent que longues. Elles ont des poitrines généreuses, plus souvent que de petits seins. Elles rient. Elles rient parfois aux éclats, et les autres regardent alors dans leur direction. Donc, dans la direction aussi de l’homme qui est à leur côté.
Elles connaissent souvent le barman.
Elles passent les premières pour sortir du bar et pour entrer dans la chambre à l’hôtel. Elles plaisantent. Elles embrassent. Bien. Elles le font parfois en se déshabillant.
Elles viennent sur le lit. Elles font l’amour. Bien.
Elles n’ont rien à gagner ou rien à perdre et c’est peut-être la raison qui fait qu’elles parlent souvent librement.
Si c’est le cas, elles peuvent avoir droit à la photo qu’il a toujours dans son portefeuille et si c’est le cas, elles disent que ses enfants sont mignons et il lit dans leurs yeux ce qu’elles doivent penser mais ne disent pas, que sa femme est belle, vraiment très belle. Pourquoi ?

Les jambes légèrement repliées

Je dors
Pendant que je dors
La tête bien au creux de l’oreiller
Les jambes légèrement repliées
Je dors
Quand j’entrouvre les yeux
Il ne me paraît pas chaleureux
Celui qui vient frapper au volet
Je dors
Quand je me rendors
Permettez quelques minutes encore
Ce sera toujours ça de gagner

Je dors
Pendant que je sors
Dans le sens de la circulation
Jetant un œil torve à l’horizon
Je dors
Derrière ma machine
Dans les bruits assourdis de l’usine
Que je perçois malgré les bouchons
Je dors
À la cigarette
Matant des conneries sur le net
Prenant part à la conversation

Je ne rêve pas éveillé
Je vois ce que j’ai créé
Et surtout n’ai pas créé

Si je n’ai pas d’existence
Je n’inspire aucune croyance
L’image d’un Dieu déprimé

Je dors
Pendant que je mords
Dans ma tartine et souffle sur le chaud
Cligne sur le sanglant dans les journaux
Je dors
Quand vient la colère
Qui est devenue ma régulière
Et que j’emmènerai au tombeau
Je dors
Quand ma mère veut parler
Son insomnie de la nuit passée
Ne provoquera pas mon sursaut

Je ne rêve pas éveillé
Je vois ce que j’ai créé
Et surtout n’ai pas créé

Ma façon de pleurer

Parce qu’elles sont encore à l’intérieur
Et qu’elles en ont fait leur demeure
Alors de petits objets contre les murs
Le couteau en travers de ma peinture
Eh bien la voilà ma façon de pleurer
Et tu me vois désolé
Si ça peut influer sur
Ma façon de t’aimer

Parce qu’ils sont encore à l’intérieur
Semblent me dire « A la bonne heure ! »
Alors les silences en guise de cailloux
Des insultes contre tous les verrous
Eh bien la voilà ma façon de pleurer
Et tu me vois désolé
Si ça change beaucoup
Ma façon de t’aimer

Bien sûr tu m’as apporté tant et tant
Une palette de merveilleuses couleurs
Rendant peut-être jaloux ce grand ciel
Semblant encore regarder ailleurs
Mais s’il s’agit de bouteilles à l’océan
S’il s’agit de fantômes, de squelettes
Alors je ne dirai pas que tu es belle
Je ne dirai pas que tu es bien faite

Visions

Alors j’ai vu, j’ai vu
Vu de mes yeux vu
Nu contre son corps nu
Sa jeunesse faire sensation
La guerrière et sa légion
Puis une dame damant le pion
La belle toute en facéties
La reine en tours de magie
La maîtresse du mouvement

Encore j’ai vu, j’ai vu
Vu de mes yeux vu
Nu contre son corps nu
La princesse n’être que douceurs
La fillette sécher mes pleurs
Puis l’ange très vite en fureur
La tigresse prendre son élan
La libellule en suspens
La sédentaire en dentelle

Encore j’ai vu, j’ai vu
Vu de mes yeux vu
Nu contre son corps nu
La muse dictant ses poèmes
Une experte en stratagèmes
Puis l’ombre sortir d’elle-même
La singulière universelle
La muette qui interpelle
Une poupée allant prendre vie

Alors j’ai cru, j’ai cru
Cru dans mon cœur cru
Nu contre son corps nu
Moi le lisse amoureux qu’une peau aimante
Pouvoir faire des vœux à des étoiles filantes

Mais j’ai su, j’ai su
Nu contre son corps nu
Su sur ma peau su
Et j’ai lu, j’ai lu
Nu contre son corps nu
Lu dans mon âme lu
Que ses étreintes seraient indélébiles
N’importe quelle feinte bien inutile
De ses assauts être la parfaite cible
Que ce scénario n’était pas crédible

Alors je me suis vu
Vu finalement vu
Nu contre son corps nu
En athée cherchant sa croix
En oméga sans alpha
En ténor soudain sans voix
En bœuf derrière la charrue
Vicieux prêchant la vertu
Aveugle recouvrant la vue

Métier de bouche ( Les enfants gâtés )

Ai-je l’estomac pour ces plats épicés ?
L’aplomb de mentir, soutenir sans rire qu’ils sont bien cuisinés ?

Ah … Oh ma bouche, bouche que veux-tu ?
Va … Oh ma bouche, bouche reste cousue

Tous les repas, même au p’tit déjeuner
J’avale de travers toutes les manières de cette enfant gâtée

Ah … Oh ma bouche, bouche que veux-tu ?
Bah … Oh ma bouche, bouche reste cousue

Dans l’embarras, j’suis pris au dépourvu
Trouver de l’attention, une solution aux requêtes saugrenues

Ah … Oh ma bouche, bouche que veux-tu ?
Va … Oh ma bouche, bouche reste cousue

N’importe quoi, moi un enfant gâté !
J’crois que je m’aigris, tout m’est interdit, et surtout les baisers

Ah … Oh ma bouche, bouche que dis-tu ?
Va … Oh ma bouche, c’est entendu

1...34567...32


Surlesbordsdunjournal |
Nouvelles pleines d'es... |
9757169781 Thought Elevator... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Boulgom en 100 mots
| Pouvoir écrire la vie
| Nouvellesetseries