Archives pour la catégorie La vie est une fantaisie



La tête la première

René était nerveux, pas à cause de l’enquiquineur
Qui lui cassait les pieds depuis un bon quart d’heure
Ni des trois mecs du Mossad qu’il voyait à l’entrée
Trois costards cravate et lunettes noires baraqués
Se touchant par instants ostensiblement les oreilles
Faisant bêtement les grues sous le drapeau d’Israël

Non la raison de sa tension, et de son fol espoir
C’était que sa Sophia venait, qu’il allait la revoir
Qu’il ferait bien sûr tout ce qui était en son pouvoir

On était vendredi et bien heureusement pas un treize
Et René se rêva encore en son héros Corto Maltese
Combattant là-bas au Mexique à la recherche de Mû
Pour un trésor pour une cause ou une cité perdue
Ou sur la plus merveilleuse des mers de Chine
Expert pirate en baisers en elles et en îles divines

Le soir,
Alors qu’il rentrait chez lui dans le brouillard
René faillit tomber la tête la première sur le trottoir
Lorsqu’on dit : Partie remise, hein, il reste de l’espoir ?

René avait lu quelque part il y avait quelques mois
Qu’on avait construit un hôtel tout en glace au Canada
Il avait imaginé un couple dormant au second niveau
Et se réveillant le matin leur matelas flottant sur l’eau
Tout ça parce que personne avait eu l’idée cette année
De les prévenir que le printemps était un peu avancé

Et il s’était dit qu’il y avait là matière à une histoire
Avait pensé à l’auteur de ses aventures avec l’espoir
Que celui-ci aurait pu y voir
Un point de départ

La vie parfois

POUR CELESTINE ET EEGUAB ( CLAUDE )

Comme Lhasa
Comme sa voix
Comme la poésie
L’espièglerie

La vie parfois
La vie comme elle est parfois

Comme le visage radieux du roi dans son aéroplane
Comme la route sous les toits de grandes caravanes
Comme les écrits de Brautigan
Comme le Saskatchewan

Comme un nectar de lune si doux et froid à l’ombre des platanes
Comme l’enfance en Toscane

La vie parfois
La vie comme elle est parfois

La vie parfois
Comme elle est parfois
Parfum parfaite parfois
Parfaite parfum parfois …
Comme elle est parfois
Comme elle est …
Comme elle est …
La vie parfois

Le bout du doigt

Sur son annulaire
Il m’a semblé hier
Chanson populaire

Je n’ai rien dans les mains
Je n’ai rien dans les poches
Serais-je encore là demain
Les mains dans les poches ?

Elle sait sur le bout du doigt
Les chansons de Claude François

Et j’veux aujourd’hui
Faire revenir oh oui
Ce qui est parti

Je n’ai rien dans les mains
Je n’ai rien dans les poches
Serais-je encore là demain
Les mains dans les poches ?

Dame à sa toilette

Dame à sa toilette, un leurre, chante en bouvreuil
Moi, je cueille dans les fleurs les premiers écureuils
« Oh mais, je vous demande bien pardon, ma mièvre
C’est qu’il y avait ce papillon sur votre lèvre
Je remets les mains dans le dos, petite inquiète
Vous pouvez, voilà, retourner à votre toilette »

« Monseigneur, que voyez-vous de votre grand balcon ?
N’est-ce que femmes au flacon ou la révolution ?
Je connais son courroux, sachez qu’elle est experte
Dans la sagesse des fous, pour se payer votre tête
Jamais je ne donnerai les noms qu’elle vous prête
Lorsqu’elle se sent écoutée toute à sa toilette

Mais mince ! que n’entendez-vous derrière la maison
Ces bruits déjà, de magnifiques résolutions !
Demain ou dans quelques jours, à moins que ce soir ?
Des esprits décidés tourneront les poignards
Je vous le dis, je n’condamnerais votre défaite
Que si elle a gêné la dame à sa toilette »

Sous le plus grand chapiteau du monde

« Mon scénar’ traîne par terre
Pas d’la faute à Rohmer
Pas loin de ce caniveau
Pas d’la faute à Truffaut »

David Lynch dans la cour intérieure
Le hall, les escaliers pour Kubrick
Lorsque Huston finirait au portique
Un peu d’humeur à la Billy Wilder
Kusturica occuperait les sous-sols
Woody voudrait un plan-séquence
Bergman une nouvelle fois le silence
S’annoncerait une fin à la Chabrol

Bien sûr, on n’aurait pas tout le monde
Sous le plus grand chapiteau du monde
Antonioni parti à L’avventura
Imamura vers sa Narayama
Welles joue aux dames à Shanghaï
Et Kurosawa compte ses samouraïs

« Mon scénar’ traîne par terre
Pas d’la faute à Rohmer
Pas loin de ce caniveau
Pas d’la faute à Truffaut »

Il n’y a pas de voleur, aucun brigand
Aucun mouvement sur ces écrans
C’est le crépuscule sur mon boulevard
Il n’y a pas vraiment d’histoire
Si ce n’est celle de cette cigarette
Celle du magazine que je feuillette

Un playboy tombe, si on le jette
Qu’est-ce que t’en penses, Scarlett ?

Kanako

Hou, je m’arrête à la Maison Nabeshima
Faire payer le saké à la douce geisha
Le père quitte son estampe, me salue bien bas
Quelle est cette manie qu’il a de tout faire trois fois ?
J’ai l’impression de quelque chose quand il me sourit
Kanako, Kanako, où est Kanako ? que je dis

Kanako porte un crochet et le sansei dit :
« Okay saké, mais d’abord peser, hi hi hi ! »
Kanako retire un cran, « Trois kilos cent grammes »
« Bien dommage pour tête, mais bon plan, bonne came »
J’ai l’impression de quelque chose quand il me sourit
Kanako, Kanako, où est Kanako ? que je dis

C’est depuis le début … de la journée
Que j’ai ça dans un sac … un truc sans tête
Et la police est proche … va m’arrêter
« Mais pourquoi avez-vous perdu la tête ? »

Mais oui, vénérable vieux schnock, crocodile
J’ai bien compris, ne répétez pas, inutile
En une série de charmants petits pas de soie
Kanako est là et elle est tout près de moi
J’ai l’impression de quelque chose quand elle me sourit
Kanako, Kanako, es-tu Kanako ? que je dis
J’ai l’impression de quelque chose quand elle me sourit
Kanako, Kanako, où est Kanako ? que je dis

L’onde

Ce n’est pas le vent
Qui ride la surface de l’étang

Un mot en entraîne un autre
Une image une image une autre

Ton épaule était nue
Comment était-ce possible ?
J’ai posé un baiser dessus
Ce destin m’a pris pour cible

Ce n’est pas le vent
Qui ride la surface de l’étang
C’est moi et c’est maintenant
Car il n’y a pas de vent
Et il n’y a pas d’étang

Un mot en entraîne un autre
Une image une image une autre

Wonderland

Un tee-shirt, un jean, une paire de ballerines
Ou bien
Une chemise, un pantalon
Et des mocassins

Rose anis framboise
Pêche violine
Corail indigo
Miel marine

Un caleçon
Une tunique et un gilet long
Non
Des sandales, une jupe volantée
Un débardeur, un pull ajouré

Rose anis framboise
Pêche violine
Corail indigo
Miel marine

Un chemisier, un boléro
Plutôt
Une blouse, un blouson
Des escarpins

Rose anis framboise
Pêche violine
Corail indigo
Miel marine

Une robe mi-saison
Des nu-pieds

Ton bracelet
A ton poignet

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