Archives pour la catégorie La vie est une fantaisie

Elle dort

J’écris
Elle dort
J’écris qu’elle dort
J’écris
Peut-être
Elle rêve
J’écris
Qu’elle rêve
Peut-être
J’écris
Qu’elle est belle
Et elle est belle

Dans un instant, elle s’éveillera
Elle sera comme là près de moi
Dans un instant, elle s’éveillera
Je sais que j’effacerai ça

J’écrirai alors que je dors
J’écrirai alors que je rêve
Qu’à côté de moi elle dort
Et que j’écris dans ce rêve

Eternuements

Toi ? … Moi ! …
Oui mais stop voilà
Si je m’apitoie !

Un train qui vient, c’est la récré
Quelque part le muezzin tousse

Certains avenirs passent, pas tous
Que fait la voisine d’à côté ?

Oh dans ma nacelle
Ce qu’elle serait belle !
Ciel ! … Ciel ! …

Tout le monde est en vacances
Sauf ceux du dessous qui s’engueulent

Ah merde alors, fermez vos gueules !
J’essaie de rester en partance

Cette femme du dessus
Encore éternue
Nue ? … Nue ? …

Colporteurs ( Pour Célestine et Claude )

Elle : Quelle était cette chose appelée Amour ?

Lui : Nuit et jour, tout de toi, nuit et jour

Lui : J’t'ai dans la tête, tu m’fais quelque chose
Elle : Tu m’fais de l’effet, tu as cette chose
Lui : J’t'ai dans la peau, j’m'concentre sur toi
Elle : J’aime Paris, je t’aime, ne m’enferme pas

Elle : J’suis amoureuse
Très amoureuse
Lui : J’suis amoureux
Très amoureux

Lui : Viens avec moi
Elle : Je suis à toi
La soie et le satin
Lui : Si proche, pourtant si loin

Lui : J’suis amoureux, très amoureux
Elle : J’suis amoureuse, très amoureuse

Lui : Mais pas pour moi
Tout s’en va
Elle : Qui sait ?
Lui : Une photo de moi, sans toi
Elle : Jamais tu ne sais

Elle : T’es amoureux, très amoureux
Lui : J’suis amoureux, très amoureux

Elle : Ça, c’est l’amour
Abracadabra
C’est magnifique
Lui : Abracadabra
Tout va bien pour moi
Elle et lui : Abracadabra
Ça, c’est l’amour
C’est magnifique
Abracadabra
Ça, c’est l’amour

( PS : Ce texte spécialement écrit pour vous les amis. Et pour colporter Cole Porter, voici la « version anglaise » avec les titres qui m’ont servis. )

She : What is this thing called love ?

Him : Night and day, all of you, night and day

Him : I’ve got you in my mind, you do something to me
She : I get a kick out of you, you got that thing
Him : I’ve got you under my skin, I concentrate on you
She : I love Paris, I love you, don’t fence me in

She : I’m in love
So in love
Him : I’m in love
So in love

Him : Come along with me
She : I’m yours
Silk and satin
Him : So near and yet so far

Him : I’m in love, so in love
She : I’m in love, so in love

Him : But not for me
Anything goes
She : Who knows ?
Him : A picture of me without you
She : You never know

She : You’re in love, so in love
Him : I’m in love, so in love

She : Ça, c’est l’amour
Abracadabra
C’est magnifique
Him : Abracadabra
It’s alright with me
She and Him : Abracadabra
Ça, c’est l’amour
C’est magnifique
Abracadabra
Ça, c’est l’amour

Odeur de groseilles

Je pousse les portes de notre vieille grange -

Quel est cet homme là-bas tout au centre – Avec mes gants de boxe et ma peur au ventre ? – Cet espèce d’iguane zigzaguant très à l’aise – Donnant parfois de la queue dans les chaises ? – Je dis : « Pourquoi ? Je veux savoir pourquoi  » – Quelqu’un répond : « Car la vie est un combat » -

Une statue de pierre fait des jabs dans l’air – Le défi dans ses regards pour son adversaire – La nette impression d’être dans un tableau – Renforcée par les murs tapissés de De Chirico – « Là vous allez trop loin, je suis bien réveillé ! » – « Ça n’est, me dit-on, que ce que vous pensez ! » -

« Mais à la fin, dites, que dois-je comprendre ? » – « Vous êtes loin de la fin, contentez-vous de prendre ! » – Ce n’est pas que je cherche une aide providentielle – Mais par hasard mes yeux répondent à l’appel – De Ludivine, une belle marchande de groseilles – Qui veut m’offrir une loupe en forme d’oreille -

Poussant les portes de notre vieille grange – Qu’il y ait foule là ne m’a pas paru étrange – Ni d’ailleurs le simple fait qu’elle ait brûlée – Il y a maintenant de nombreuses années

La commissure de tes lèvres

Eu te amo
Eu te amo
Eu queria que você estivesse
Apaixonada por mim

A la commissure de tes lèvres
A la commissure je suis
Sûr de tout saisir
Des mots que tu me dis

Te quiero
Te quiero
Me gustaria que estuvieras
Enamorado de mi

I love you
I love you
I wish you were
In love with me

Je t’aime
Je t’aime
J’aimerais que tu sois
Amoureux de moi

Ti amo
Ti amo
Vorrei che tu fossi
Innamorato di me

A la commissure de tes lèvres
A la commissure je suis
Sûr de tout saisir
Des mots que tu me dis

A la commissure je les entends
A la commissure je suis
Les langues toutes et la tienne
Pour la belle symphonie

Ahbik
Ahbik
Wa’atamanaa lakum kanat
Fi alhabi maei

Ahbik
Je t’aime
Je t’aime
Ahbik
Wa’atamanaa lakum kanat
J’aimerais que tu sois
Amoureux de moi
Fi alhabi maei

Je t’aime
Ahbik
Ahbik
Je t’aime

La Valette

Elle ouvrit la porte et entra dans le bureau. Il la regarda s’approcher. Une démarche unique, une fluidité. Il pensa : « Il faut que je me souvienne de ne jamais marcher à ses côtés. » Elle tendit la main ; ses yeux lui firent tout de suite tendre la sienne. Elle y laissa tomber le trousseau de clés sans un mot.

Quoi ? Cosa voglio ?
Je veux plus de lumière !
More light ! Mehr licht ! Mehr !
Tank you ! Merci, es bueno …

Ils étaient sous l’éclairage tamisé d’une salle de billard. Il écoutait l’insupportable voix de Luigi, qui face à lui, les coudes sur la table, lui servait une improbable soupe à propos de sa sœur, une habituée du tapin. Sa patience arrivait à sa limite. Heureusement, il n’eut à faire qu’un seul claquement de langue et l’Italien en vint miraculeusement au fait.
Le détective répéta à haute voix les principales informations quand Luigi eut fini : « Camarini, vendredi, l’angle d’Essex et Grand Street, 21 h, une Buick. » Puis il finit d’un trait son pur malt et sortit de la salle, son chapeau plus que jamais vissé sur le crane.

J’ai une nouvelle fois dans les yeux
Cette petite histoire de Charlyn
Qu’une personne m’avait murmuré
Que je pensais bien avoir enterrée

Il ramait sous la brume, sa tête lourde comme l’enclume, ne favorisait pas beaucoup sa prétention de voir clairement la situation.

Elle était entièrement nue
Et complètement perdue
A l’un des coudes sablonneux
De ce ruisseau du cygne
Les pieds dans la rosée
Et le corps dévoilé
Par le champ pernicieux
Des phares d’une Dauphine

L’empaffé, qui quelques instants auparavant avait viré sur la gauche, devait penser l’avoir semé. Mais il ne tarda pas à le rejoindre à un feu. « Tu crois que je ne connais pas la ville, mon pote ! » Il ne l’avait pas repéré cette fois. « Se croit seul au monde, ce con ! » Il réajusta son chapeau, s’alluma une autre cigarette et continua de le suivre à bonne distance. « Je sais où tu veux en venir, trouduc, ne t’en fais pas … ou plutôt si, tu devrais. »
Le zig le mena tout droit où il fallait.

On m’a dit qu’à Mdina
Le silence est en ruines
Du Palais Vilhena
A la Rue St Augustine

Mais cela aussi est loin
Je n’entends plus très bien

Mr. Jenkins, est-ce un soupçon de peur que je lis sur votre visage ? Vous n’allez pas me dire que tout cela vous effraie, que vous n’êtes pas en mesure de …

Le tremblement de l’assiette
Pantoufles aux pas traînant
Moi, dernier chevalier vivant
Dans ces couloirs geignant
De cette ville de La Valette

Tout d’abord, je crois que vous faites erreur, je ne suis pas Mr. Jenkins. Et puis, sachez une chose, des cloches de votre espèce qui ont de la glaise à la place du cerveau, c’est pas la première fois qu’il m’en tombe dans les pattes. Jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours réussi à m’en dépatouiller, alors je ne vois aucune raison pour que ça ne se passe pas pareil cette fois-ci alors … pourquoi aurais-je peur de la suite des événements ? Je sais ce que j’ai à faire. Comment je dois gérer tout ce bordel. Et comme disait mon père, paix à son âme : « C’est net et sans bavures ».

( Ce texte doit beaucoup au roman V. de Thomas Pynchon et à ceux de Dashiell Hammett que j’ai lu, parmi lesquels Le faucon maltais ).

J’aime la musique mais les chats noirs …

Gardien de nuit. Oui, c’est ça, je garde la nuit. Toutes les fois et elle luit. En fait, je lui tiens compagnie. Je m’imagine un peu la retenir aussi avant qu’il lui vienne l’envie de s’en aller du côté de l’Asie. Oui toujours, le jour surgit et c’est normal, elle m’oublie.
Mon patron, qui est un obscur apôtre, ne connaît rien de mes autres vies ; il croit que ce fut toujours pour moi cette même litanie. Que je zieutais déjà le dessous des armoires et sursautais aux courses de gros rats noirs … mais j’aimais la musique. Et j’aime toujours la musique.

Aiguilleur du ciel. Oui, j’ai aiguillé le ciel, avec des mains en ombrelles, des aimants aux semelles. En fait, je lui tenais compagnie aussi. Mais bien sûr il me prenait pour une fourmi, se foutait carrément de mon avis.
Mes collègues me traitaient en abruti, me faisaient des vacheries, des blagues de toutes sortes, des seaux sur le dessus des portes, jusqu’à ce qu’une fois, ils me fassent croire que Dieu venait là avec son lourd pas noir … mais j’aimais la musique. Et j’aime toujours la musique.

Laboureur de mer. Voilà, j’ai labouré la mer, striant un peu l’immensité, des poissons aux pieds. Elle aussi, je lui tenais compagnie.
Les autres me laissaient à l’écart, me surprenant dans le brouillard, utilisant mes peurs de toutes sortes dans de sales coups pour que je m’emporte, jusqu’à ce qu’ils cassent ma guitare alors que j’étais coincé sur le grand mât noir … mais j’aimais la musique. Et j’aime toujours la musique.

Chasseur de papillons. Mais … vous le sentez déjà : je n’avais pas la vocation pour me monter une collection.
La psychologue, après tous les tests de Rorschach, m’a fait comprendre son embarras. Mes yeux se sont accrochés par hasard dans les fins sillons de ses beaux bas noirs … mais j’aimais la musique. Et j’aime toujours la musique.

Gardien de nuit. Je garde la nuit et toutes les fois, elle me nuit. Mais je continue : je lui tiens compagnie. Et si des fois certains matins, certains soirs, des nuages se ramassent en de gros tas noirs … mais j’aime la musique. Et j’aime toujours la musique.

Bossa nova

Sur le chevet Fleurs de ruine de Modiano
Sur la platine le l.p. joue Corcovado
Oh le beau, le beau
Le beau cadeau
Mais ce qu’on ne voit pas
Le sable blanc dans les draps
Souvenir des amants
Tous disparus sûrement
Sur la plage de Copacabana

Sur le chevet Chien de printemps Modiano
Sur la platine lentement Desafinado
Oh le beau, le beau
Le beau cadeau
Mais ce qu’on ne voit pas
Le sable blanc dans les draps
Souvenir des amants
Tous disparus sûrement
Sur la plage de Copacabana

Sur la platine How insensitive Mme Gilberto
Sur le chevet Voyage de noces de Modiano
Le cadeau, quel beau
Quel beau cadeau
Mais ce qu’on ne voit pas
Le sable blanc dans les draps
Souvenir des amants
Tous disparus sûrement
Sur la plage de Saint-Jean Cap-Ferrat

Un courant d’air

Penser à elle
Penser à elle

Enrouler des routes en rouleaux
Dessiner des cercles des arceaux

Penser à elle
Des pensées d’elle

Enrouler des routes en rouleaux
Dessiner des cercles des arceaux
Et ne s’arrêter qu’aux ruisseaux
Compiler des chants d’oiseaux

Un courant d’air, courant d’elle
Un courant d’air, courant d’eau
Un courant d’air, courant d’elle
Un courant d’air, courant d’eau

La mémoire des noms

Les Quinconces, le Colbert sur les quais – John Trudell et Gérard Manset, Steely Dan et Jeff Buckley – Et Limoges, sa Rue des Palmiers …
Baptiste, Mathy, Olivier

La mémoire des noms
Celle de ces noms-là
La mémoire des noms

Route de Toulouse, Pierre-Buffière, la 20, Bessines, La Croisière – La Porte Saint-Jean, Les Fougères – Bel Aspect et La Borie, La Sout’, Saint-Vaury – Le Globe, Aubazines …
Rue Jean-Dorat, La Cazine

La mémoire des noms
Celle que tu n’avais pas
La mémoire des noms

Rue Jean-Dorat …
Thomas … Thomas

La mémoire des noms
Celle que tu n’avais pas
La mémoire des noms

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