Archives pour la catégorie ( Journal intime )

Quelque chose de nocturne

Je l’aime et …

C’est quelque chose de nocturne qui m’est tombé dessus en pleine journée. Quelque chose d’obscur, de lent, de rampant …
Ma vie, j’ai été obligé de lui donner de la vitesse, de l’étourdissant, de l’inconscience …
Maintenant, quelque chose d’un cauchemar, d’une lune noire, qui irrésistiblement s’accroche au moindre de mes pas, m’empêche pour ainsi dire d’avancer.
Ça faisait longtemps.

Ça fait longtemps, longtemps …

Sine die

Je l’aime et …

Je suis le gardien de la flamme. Il y a une flamme et j’en suis le gardien.
Il y a une flamme, mais je suis un saxophoniste sans instrument, sans souffle. Un souffle sans chaleur. Il y a une flamme mais je suis un joueur sans jeu, sans enjeu. Une nuit sans rêve, une vie sans toi.
Je suis le gardien de la flamme. Il y a une flamme, je la garde, la regarde.

… … … … … …

Tes cheveux sur mon front, ta chaleur m’enveloppe, ton souffle sur ma joue, un souvenir de souffle, ton « Je t’aime » à mon oreille, ce « Je t’aime » sur tes lèvres, un souvenir de lèvres.

… … … … … …

Je suis trempé jusqu’aux os par cette pluie qui a cessé, qui a séché depuis longtemps, ébouriffé par ce vent qui s’est tu depuis longtemps, ébloui par ce soleil qui s’est couché depuis longtemps comme je suis émerveillé par cette neige qui a fondu, a disparu depuis longtemps.

… … … … … …

Mon idée était de construire quelque chose de neuf. Je me suis mis à creuser la terre pour les fondations.
Aujourd’hui, tous les travaux sont arrêtés. Tout est ajourné, remis sine die.
J’aurais bien dû me douter qu’en voulant creuser ici, j’allais mettre au jour tout ce que j’y avais moi-même enterré.

Pièce

Je l’aime et …

Les personnages :
Moi, assis près de la cheminée, écrivant sur un bloc, jetant par instants un œil sur le journal télévisé.
Ma mère, assise dans le vieux fauteuil, regardant le journal télévisé, jetant par instants un œil sur moi.

Mon père, de l’autre côté, sur ma gauche, penché sur son livre de chevet du moment, dans cette attitude des dernières années de sa vie, le coude sur la table, le poing collé à la joue.
Ma grand-mère, en face de moi, tournant le dos au téléviseur, me regardant avec les mêmes yeux qu’elle avait quand je rentrais dans la maison en courant, venant me blottir dans son giron.
Mon grand-père, à la droite de mon père, se roulant une cigarette, une moitié de verre de vin devant lui, unique reste de notre repas et qui comme sa fille attend la diffusion du bulletin météo.

ACTE 1

Au début de l’acte, personne ne parle. Ni les vivants, ni les morts.

Courbée, les mains au ras du sol

Je l’aime et …

Lorsque j’arrive, je vois ma mère effeuillant un arbuste au coin de la cave et ramassant ses feuilles, courbée, les mains au ras du sol.
Régulièrement elle et moi, dans cette même position, nous avons arraché des mauvaises herbes, travaillé au jardin, au champ, plantant, semant, récoltant dans la terre le fruit de ces semailles.
Notre position, courbée, les mains au ras du sol, si jamais elle ne me faisait pas penser au film Les glaneurs et la glaneuse et par conséquent au tableau de Millet – je dois dire que les vêtements de ma mère y étaient pour quelque chose – elle m’évoquait des personnages de quelque vieux film japonais en noir et blanc, courbés eux comme nous, leurs mains au ras du sol, plongées dans l’eau des rizières.
Pour quelques instants, peut-être quelques minutes seulement, bizarrement, cette pensée me redonnait du courage.

Chaque jour que Dieu fait

Je l’aime et …

Chaque jour que Dieu fait, je détruis quelque chose.

Chaque jour comme suivant un plan.
Chaque jour comme la pierre supplémentaire à ce grand édifice.

Chaque jour ne voyant pas le résultat de mes décisions, ne comprenant pas, chaque jour ne voyant rien, chaque jour de plus en plus.

Le jardin

Je l’aime et …

C’est un jardin que j’ai entretenu ces dernières années. Etre fier de moi, ne regretter aucun des efforts consentis ? Je ne sais.

Mon jardin est à l’identique quelque soit la saison. Peu importe le temps pour mes sillons.

Pierres, rochers, cailloux, graviers, quelque soit les yeux, l’endroit où ils décident de se poser.

Rivière

Je l’aime et …

Aujourd’hui je me sens comme ce jour où ça paraissait facile. Où je voulais absolument le suivre, faire comme lui. Pour lui, ça n’avait rien été. Alors pourquoi ça aurait dû être quelque chose pour moi ?

Il avait pris son élan et il avait atterri de l’autre côté. Au moment où je m’apprêtais à l’imiter, j’ai entendu quelqu’un derrière moi et cette voix disait de ne pas le faire. Je n’ai pas réfléchi à ça, j’étais déjà lancé. Je n’ai pas pensé à ça, je ne voulais pas. Je voulais le suivre, c’est tout. Et peut-être avoir la possibilité après, comme il l’avait fait lui, si tel était mon souhait, d’arborer ce sourire de vainqueur sur mon visage. Même si finalement, j’aurais sûrement opté pour la fausse modestie.

J’ai bondi. Et mon pied s’est dérobé en touchant la pierre, cette même pierre sur laquelle je l’avais pourtant bien vu y poser le sien. Et je suis tombé dans la rivière.

Un moment qui m’a paru très long, j’ai battu des mains, essayant d’attraper quelque chose et en fin de compte, c’est à cette même pierre, celle qui m’avait en quelque sorte trahie, que je me suis raccroché. Puis on m’a sorti de l’eau.

Oui, ce jour-là, rien, personne n’est mort, ni moi bien sûr, mais pas non plus le sentiment qui m’a assailli alors que j’avançais sur le sentier derrière la classe, mes habits tellement lourds sous un soleil moqueur.

Rêve

Je l’aime et …

C’est un rêve encore qui me réveille.

Je reste longtemps la tête sur l’oreiller, essayant d’ouvrir les yeux en grand, puis, les fermant à nouveau un moment quand je les rouvre et décide de me tourner, de m’allonger sur le dos, je la vois déjà se levant et s’éloignant vers la salle de bains.
Lorsqu’elle en revient, je suis toujours dans la même position, je n’ai pas bougé d’un cil. Mais alors je le fais pour lui sourire.
Je la regarde … le visage … tout d’abord puis je descends … mais descends encore … et encore … jusqu’à ce que le matin … et moi, nous soyons complètement affolés …
Viens, fais-je.
T’aimerais, hein, que je vienne ? fait-elle.
Oui, j’aimerais.

Je ne sais pas si elle vient.

Quelle est cette série ?

Je l’aime et …

Dis-moi, ma chérie, quelle est cette série ?

L’enterrement puis … survient la maladie ?

Si j’étais policier, je pourrais : capturer le criminel, me lancer à sa poursuite et en recevoir l’ordre.

Tu es enceinte, ne l’es plus et le redeviens. Ma chérie, combien d’enfants qui ne naissent jamais avons-nous ?

L’histoire d’amour et, je suppose viendra, le jour où je t’ai connu. Est-ce qu’après la séparation reviendra cet instant-ci ? Où je te demande : Quelle est cette série ? Combien d’épisodes, combien de saisons ?

Eglise

Je l’aime et …

Le temps et la distance qui nous séparent s’associent, laissent sur moi l’impression d’être couché sur le dos à même le sol froid du transept d’une église, tentant de me remettre debout, de regarder l’autel, d’en enregistrer durablement les différents éléments, comme je le ferais pour l’église entière, comme je le ferais pour chacune des scènes bibliques sur les vitraux, à travers lesquels passe un soleil éblouissant.



Surlesbordsdunjournal |
Nouvelles pleines d'es... |
9757169781 Thought Elevator... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Boulgom en 100 mots
| Pouvoir écrire la vie
| Nouvellesetseries