Archives pour la catégorie ( Journal intime )

Bientôt

Je l’aime et …

C’est lundi et je vais être en week-end. On perçoit dans ce début d’hiver la douceur qui fera frémir les feuilles mortes, bientôt un plus grand souffle les fera remonter sur leurs arbres respectifs, renaître.

Je regarde là-bas des personnes âgées se lever. Si elles frissonnent, ce n’est plus de froid. Des adultes eux, se sont mis à courir, à jouer. Une partie de football improvisée doit bien être en train de germer dans l’esprit de l’un d’eux.

Mes angoisses et ma tristesse sont toujours là mais désormais c’est comme si elles me tonifiaient, me rendaient de plus en plus fort. Je n’aurais bientôt plus de regrets, je n’aurais plus de remords.

La ville aussi change rapidement – je ne pourrais dire si elle se simplifie ou se complique.
Il y a un fleuve non loin et c’est pourquoi des gens ont posé ici sa première pierre.

Le circuit que j’ai décidé de prendre aujourdhui m’enchante, c’est celui par l’allée des conifères ( je vois certaines de leurs aiguilles reverdir ) et il fait que je ne pense plus à la mort.
Peut-être fera-t-il que je serais bientôt dans l’état d’esprit propice à en découdre avec la source de mon désespoir.

Oreillers

Je l’aime et …

Il me semblait que nous étions dans notre maison. Pourtant, fait étrange, celle-ci se trouvait au sommet d’une des montagnes d’une importante chaîne. Ni sur le plus haut ni sur le plus bas.
Alors que j’étais juste derrière la baie vitrée, à observer l’impressionnant panorama devant moi, soudain, d’un des sommets proches du notre, s’est élevé une grande colonne de fumée noire, qui s’est mis rapidement à se diriger vers nous.
Et je ne tardais pas à distinguer là-bas, sortant de la montagne des bouillons, des projections ensuite qui se mirent à gagner sur les panaches de fumée, ceux-là mêmes qui allaient bientôt lécher nos vitres … comme ils le feraient avec mes yeux.

Je me suis réveillé. Je me suis tourné, j’ai posé la tête sur l’autre oreiller. Dans mon second sommeil, si j’ai fait un nouveau rêve, je ne m’en souvins pas.
Après son départ, longtemps j’ai laissé les deux oreillers.

La toile

Je l’aime et …

Maintenant la toile est achevée, le voile en est levé.

Que fait-elle ? Le modèle s’en est allé. Que regarde-t-elle ?

Je n’ai fait que vouloir et … tout s’est enchaîné.

Alors il m’a fallu renoncer un temps – pour pouvoir recommencer. Abandonner – pour y croire à nouveau. La perdre – pour pouvoir la retrouver. L’oublier pour la voir. La peindre de mémoire.

Maintenant que la toile est achevée, que le voile en est levé, je ne me souviens plus. Mon intention première. Est-ce mieux ou pire, je ne saurais dire.

Que fait-elle ? Que regarde-t-elle ?
Ce que je n’ai pas peint, ce que je n’ai pas pu.

Tout pourrait … se mélanger, tout se mélange. Je ne peux me souvenir d’elle comme ça. Mais c’est comme ça qu’elle est maintenant devant moi.

L’orage

Je l’aime et …

Tu ne m’aimes pas, tu viens de le lui dire, mais moi, je ne cherche qu’à lui éclairer la beauté de ton visage.

Chercheur

Je l’aime et …

Cela vient du fait que je me suis mis à chercher quelque chose. Et que je me suis mis à chercher ce quelque chose au mauvais moment.
Peut-être aurais-je dû chercher ce quelque chose de l’autre côté de la montagne ?
Parce que le mauvais moment était avant le mauvais endroit. Je ne sais pas comment. Une plaine immense, désertique.

En fait, quand j’y pense, tout cela a sans aucun doute transformé la chose que je cherche.
Mais peu importe, c’est le mauvais moment qui m’a transformé moi, chercheur, en un autre, qui ne sait plus ce qu’il cherche, qui ne sait plus même s’il est encore … chercheur.

Quelque chose de nocturne

Je l’aime et …

C’est quelque chose de nocturne qui m’est tombé dessus en pleine journée. Quelque chose d’obscur, de lent, de rampant …
Ma vie, j’ai été obligé de lui donner de la vitesse, de l’étourdissant, de l’inconscience …
Maintenant, quelque chose d’un cauchemar, d’une lune noire, qui irrésistiblement s’accroche au moindre de mes pas, m’empêche pour ainsi dire d’avancer.
Ça faisait longtemps.

Ça fait longtemps, longtemps …

Sine die

Je l’aime et …

Je suis le gardien de la flamme. Il y a une flamme et j’en suis le gardien.
Il y a une flamme, mais je suis un saxophoniste sans instrument, sans souffle. Un souffle sans chaleur. Il y a une flamme mais je suis un joueur sans jeu, sans enjeu. Une nuit sans rêve, une vie sans toi.
Je suis le gardien de la flamme. Il y a une flamme, je la garde, la regarde.

… … … … … …

Tes cheveux sur mon front, ta chaleur m’enveloppe, ton souffle sur ma joue, un souvenir de souffle, ton « Je t’aime » à mon oreille, ce « Je t’aime » sur tes lèvres, un souvenir de lèvres.

… … … … … …

Je suis trempé jusqu’aux os par cette pluie qui a cessé, qui a séché depuis longtemps, ébouriffé par ce vent qui s’est tu depuis longtemps, ébloui par ce soleil qui s’est couché depuis longtemps comme je suis émerveillé par cette neige qui a fondu, a disparu depuis longtemps.

… … … … … …

Mon idée était de construire quelque chose de neuf. Je me suis mis à creuser la terre pour les fondations.
Aujourd’hui, tous les travaux sont arrêtés. Tout est ajourné, remis sine die.
J’aurais bien dû me douter qu’en voulant creuser ici, j’allais mettre au jour tout ce que j’y avais moi-même enterré.

Pièce

Je l’aime et …

Les personnages :
Moi, assis près de la cheminée, écrivant sur un bloc, jetant par instants un œil sur le journal télévisé.
Ma mère, assise dans le vieux fauteuil, regardant le journal télévisé, jetant par instants un œil sur moi.

Mon père, de l’autre côté, sur ma gauche, penché sur son livre de chevet du moment, dans cette attitude des dernières années de sa vie, le coude sur la table, le poing collé à la joue.
Ma grand-mère, en face de moi, tournant le dos au téléviseur, me regardant avec les mêmes yeux qu’elle avait quand je rentrais dans la maison en courant, venant me blottir dans son giron.
Mon grand-père, à la droite de mon père, se roulant une cigarette, une moitié de verre de vin devant lui, unique reste de notre repas et qui comme sa fille attend la diffusion du bulletin météo.

ACTE 1

Au début de l’acte, personne ne parle. Ni les vivants, ni les morts.

Courbée, les mains au ras du sol

Je l’aime et …

Lorsque j’arrive, je vois ma mère effeuillant un arbuste au coin de la cave et ramassant ses feuilles, courbée, les mains au ras du sol.
Régulièrement elle et moi, dans cette même position, nous avons arraché des mauvaises herbes, travaillé au jardin, au champ, plantant, semant, récoltant dans la terre le fruit de ces semailles.
Notre position, courbée, les mains au ras du sol, si jamais elle ne me faisait pas penser au film Les glaneurs et la glaneuse et par conséquent au tableau de Millet – je dois dire que les vêtements de ma mère y étaient pour quelque chose – elle m’évoquait des personnages de quelque vieux film japonais en noir et blanc, courbés eux comme nous, leurs mains au ras du sol, plongées dans l’eau des rizières.
Pour quelques instants, peut-être quelques minutes seulement, bizarrement, cette pensée me redonnait du courage.

Chaque jour que Dieu fait

Je l’aime et …

Chaque jour que Dieu fait, je détruis quelque chose.

Chaque jour comme suivant un plan.
Chaque jour comme la pierre supplémentaire à ce grand édifice.

Chaque jour ne voyant pas le résultat de mes décisions, ne comprenant pas, chaque jour ne voyant rien, chaque jour de plus en plus.

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