Archives pour la catégorie Cahier recyclé 2



Le fil

Dans la cage, dans ma cage
Je maudis tous les mariages
Ceux du jour, ceux de la nuit
Ceux du soleil, de la pluie
Dans la cage, dans ma cage
Je me nappe de mes nuages
Pour me priver de la lune
La forme de ma rancune

Mais dans la cage, dans ma cage
Des vagues viennent au rivage
Comme de l’eau de roche
Si loin pourtant si proche
Mais dans la cage, dans ma cage
Je m’abrutis de paysages
Ceux dans lesquels tu vis
Ceux-là même que j’ai fui
Mais dans la cage, dans ma cage
Je me perds en des voyages
Libre sur toutes les routes
Et empruntant mille doutes

Dans la cage, dans ma cage
Si je suis là, c’est mon gage
Refaire de ma vie un fil
Le fameux fleuve tranquille

Ce fil, ce fil est, ce fil est ténu
Ce fil, ce fil est, ce fil est ténu
Comme tenace
L’angoisse
Qui l’a rompu

Mais bout à bout je remets
Des morceaux je renoue
Mais bout à bout je remets
Des morceaux je renoue
Mais bout à bout je remets
Des morceaux je renoue

Rue de Châteauroux

Soupir, hochements de tête
Il est posté à la fenêtre
Il regarde le ciel
Une passante puis le ciel
Quelques nuages s’effilent
De leur pelote inutile
Pierre taillée, angle de vue
Voilà bien une guerre sans issue

Il fouille dans sa veste
Faut finir ce qu’il reste
Il regarde le buffet
La table puis le buffet
Les Coquelicots de Monet
Dont le rouge est passé
Pas de nerfs, point de chute
Voilà une ville sans aucun but

Le fauteuil ou le canapé
Un mégot sur lequel tirer
Il se ferme le visage
Les yeux puis le visage
Un autre pourra venir
Lui arracher un sourire
Toute colère dans la cohue
Beau temps qu’on ne croit plus

Et puis l’autre viendra
Puis l’autre repartira
Ils auront parlé du temps
De celui d’avant puis du temps
C’est une vue sur un petit trou
Un trou Rue de Châteauroux
Toute tristesse à son insu
Beau temps qu’il n’a pas plu

Cet homme existe, n’existe pas
Cet homme, ce n’est pas moi
Mais bien une partie de moi
C’est mon refrain, mon après-midi
C’est le même qu’hier aujourd’hui
Ce sera le même demain
Si jamais demain devient …

Je pense à demain
A aujourd’hui puis à demain

Son dernier mot

A-t-il trop longtemps attendu
Une heure qui n’est jamais venue ?
Cet homme cet homme cet homme
Cet homme un jour s’est tu
Cet homme s’est tu

Est-ce à cause de la danse, la chance
Des étoiles ou de leur absence ?
Cet homme cet homme cet homme
Cet homme un jour s’est tu
Cet homme s’est tu

Cet homme cet homme cet homme
Cet homme sais-tu
S’il a dit son dernier mot ?
Cet homme un jour s’est tu
A-t-il dit son dernier mot ?

*** *** *** *** *** ***

Descendu au torrent
Je regarde le courant
Il m’invite à rêver
C’est tout ce que j’ai fait

En attendant le train

Je dis : Bonjour, ma belle
Tu es pleine de promesses
Elle m’répond qu’elle est belle
Qu’je suis plein de promesses

Et d’un mouvement vif de la main
La mèche repasse derrière l’oreille
Elle est assise là sous le soleil
Comme ce quai qui attend son train

Je dis : Bonjour, ma belle
Elle m’répond qu’elle est belle

Une orange bleue sort de son sac
Et puis devient le monde dans sa main
Elle espère que tout ça n’est pas vain
Comme des pluies qui attendent leur lac

Je dis : Bonjour, ma belle
Elle m’répond qu’elle est belle

Sera-t-elle la dureté ou les caresses ?
Moi, serais-je l’énergie ou la paresse ?

Elle peut stopper ma chanson d’amour
Bien avant que je ne trouve ma voix
Je peux presque la toucher du doigt
Comme ces vers qui attendent leur jour

Je dis : Bonjour, ma belle
Tu es pleine de promesses
Elle m’répond qu’elle est belle
Qu’je suis toutes ses promesses

Le sapin

Celui d’une mer du même pastel que le ciel
Celui de la famille unie sous un arc-en-ciel …

Marchait rue chaussettes trouées
Ongles de pieds bien aiguisés
Blouson sale, sale de paresse
Absence de cœur sur le faciès

Passait antique porte en bas
Geignait escalier chaque pas
Fermait toutes fenêtres volets
Sur sa forte odeur de sainteté

Se fixait quelque rire mauvais
Dans le miroir du jour éteint
Le souffle court se couchait
Draps gris et maculés de vin

Quand se confondent les désirs et les pertes
Quand se confondent les désirs et les pertes

Alors des pensées déboulent en pagaille
Comme plaquées sur l’obscur papier peint
Alors des rêves viennent vaille que vaille
Sous forme de vieux, de très vieux dessins

Celui d’une mer du même pastel que le ciel
Celui d’une maison et son soleil de feutre orange
Celui de la famille unie sous un arc-en-ciel
Celui d’un triangle vert et la blancheur de l’ange

Souffrir la comparaison

J’en ai pris pour perpète
Des choses dans ma tête
Les verres d’Old River
En guise de somnifère
Eloignent quelques heures
Le retour de la colère

Ce sont mes araignées mes serpents
Avec ces gens
Avec ces gens
Aucun arrangement

Ce sont mes araignées mes serpents
Avec ces gens
Avec ces gens
Aucun arrangement

J’m'en remets au dragon
De la pure compromission
Je vais bien en rire souvent
Ou souffrir la comparaison
Avec un animal hurlant

Jérusalem

La ville se déshabillant
Dans une pelure de bruits
Un simple effeuillage savant
Avec son triangle d’envie

Les chambres restent bleues
Mais les oiseaux s’égorgent
Mélancolie, misère des cieux
L’odeur de soufre fend la gorge

La cigarette, le papier peint
Inoccupée la danseuse s’expose
Le désespoir, la fierté des seins
Des vagues à l’empreinte rose

La lave qui coule en cascade
Dans les couloirs de ma jeunesse
Le fantôme torve dans son cadre
Sort une main affreuse, me caresse

Jérusalem Jérusalem
Jérusalem indolente
Jérusalem Jérusalem
Jérusalem inquiétante

Le grand taureau exilé dans le soir
Des parfums pour les amants transpercés
Le rythme du sang traversé de guitares
Le fleuve de boue charriant d’obscures pensées
Le grand taureau traversé de guitares
Des parfums pour charrier d’obscures pensées
Le rythme du sang exilé dans le soir
Le fleuve de boue, les amants transpercés

Le grand taureau charriant d’obscures pensées
Des parfums pour traversée de guitares
Le rythme du sang des amants transpercés
Le fleuve de boue exilé dans le soir

Jérusalem Jérusalem
Jérusalem inquiétante
Jérusalem Jérusalem
Jérusalem insolente

Mais tu n’es pas …
Mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas !
Mais tu n’es pas …
Mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas !

Acte VI

Grandes fenêtres pour y déclamer
Grands châteaux pour y conspirer
Belles victoires, beaux costumes
Beaux sorts et belles fortunes

Et nous applaudissons
Et nous applaudissons

Mais quel est ce boulot ?
Et quelle est cette peau ?
Qu’avons-nous ces oripeaux
Nous les acteurs principaux ?

Et nous applaudissons
Et nous applaudissons

Si elle fait que nous sommes
De ceux qui vous ovationnent
Mais quelle est cette peau ?
Et quel est ce boulot ?

Et nous applaudissons
Et nous applaudissons

Jours de lenteur

L’intitulé de ma mission
Déjà écrit au brouillon
Comme le tableau endormi
Dans les yeux de Tanguy

Hirondelle
Petite aile
Ma petite aile
C’était toi
Toujours toi

Le bateau se réveillera
Ah sa sacrée gueule de bois !
Avec les yeux endormis
Sur le tableau de Tanguy

Hirondelle
Petite aile
Ma petite aile
C’était toi
Toujours toi

Mais tu as eu comme en horreur
De vivre des jours de lenteur
C’est comme ça que ma mission
N’est restée qu’un brouillon

Hirondelle
Petite aile
Quel ciel
S’il est sans toi ?

( Tableau : Jour de lenteur ( Yves Tanguy ) ( 1937 ))

Est-ce écrit ici ?

N’est-ce pas signe
Que tout espoir
N’est pas indigne ?
Est-ce écrit ici
Que cette histoire
N’est pas finie ?

N’est-ce pas signe
Que tout espoir
N’est pas indigne
Ce grand soleil sur des champs de gel
Au sortir de la longue année cruelle ?
Est-ce écrit ici
Que cette histoire
N’est pas finie ?

Est-ce écrit ici
Un aller sombre et le retour lumineux ?
Le pain noir avalé, ses jours heureux ?

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