Archives pour avril 2020

Lorsque son visage

Je l’aime et …

Sur l’île de mon silence lorsque son visage … j’étais toujours en train de réparer mon bateau.
Sur les vagues de sa voix lorsque son visage … j’étais toujours en train d’étudier mes cartes.

Sur l’océan de son souvenir lorsque son visage … j’affale les voiles, laisse le courant me bercer ou m’emporter.
Sur le rivage de mes mots lorsque son visage … j’essaie d’accoster. Si j’y parviens, j’avancerai prudemment.

A la dérobée

Je l’aime et …

Et c’est comme un ciel fourmillant d’étoiles …

Que puis-je faire de ça ? Les assembler ? Pour en faire quoi ?
Pour en faire des gestes ? Pour en faire des pas ? Pour en faire des mots, puis des phrases, enfin une voix ? Sa voix ?

A la dérobée, je vole des bouts d’elle. Ces petits bouts d’elle sont là éparpillés devant moi.

Que puis-je faire de ça ? Tout assembler ?
Est-ce que ça fera un désir ? Est-ce que ça fera un amour ? Une histoire ?

C’est comme un ciel fourmillant d’étoiles …

Chambre

Je l’aime et …

Hier dans la chambre, il y avait de la musique.
Hier dans la chambre, pendant un long moment, il n’y a eu aucune lumière.
Quand la lumière fut revenue, des mots ont été prononcés. Ils l’ont été par une seule voix. Ils auraient pu l’être par deux.
Hier dans la chambre, quand l’obscurité était encore là mais que la lumière n’allait pas tarder à revenir, c’est une possibilité : quelqu’un a jouit.

Aujourd’hui. Aujourd’hui dans la chambre, les rideaux sont ouverts et le soleil fait son travail. Il le fait avec une belle conscience professionnelle. Ou peut-être est-il aidé dans sa tâche ?

Arrière-plan

Je l’aime et …

Le présentateur nous dit que comme chaque jour cet été nous allons découvrir une plage insolite et aujourd’hui il nous emmène au Capferret et moi je vois que c’est aussi là-bas que mes souvenirs veulent m’emmener.

Me reviennent aussitôt les longues lignes droites sous le soleil, sa vitre grande ouverte pour faire danser ses cheveux sur un arrière-plan de pins gigantesques.
Notre promenade sur la plage main dans la main, nos pieds enlacés par instants par les vaguelettes, étirant le plus possible cette parenthèse, quasi inconscients du monde autour sinon qu’il doit être idyllique, que nous mettons un bon moment à nous rendre compte, nous partons en même temps dans un énorme rire, que nous sommes parvenus jusqu’au coin des nudistes.

Réseaux sociaux

Je l’aime et …

La dernière fois que je l’ai vu, il avait avec lui ses deux jeunes enfants. Je n’avais pas encore avec moi ceux que je rêvais d’avoir. De ce fait, ils n’ont pas pu jouer ensemble.

Le temps a passé vite. C’était il y a déjà pas mal d’années. Le temps passe vite.

Ses enfants sont des ados maintenant. Ceux que j’ai rêvé d’avoir ne sont pas nés. Ils n’ont pas grandis, ne sont pas devenus ados. De ce fait, si je le voyais aujourd’hui avec ses enfants, cette fois encore ils ne pourraient pas jouer ensemble.

Ils ne peuvent pas devenir amis. S’envoyer des messages. Se parler via les réseaux sociaux.

Refuge, 2ème partie

Je l’aime et …

Le creux d’un grand chêne.
Le chœur de la forêt chante pour notre nouvelle peau.

Du jazz

Ce fut la musique qui l’accuellit. Par instants, par bribes, m’étaient parvenu dans la salle de bains des sons, une ambiance qui m’avaient fait me sentir bien.
Il alluma une cigarette, se mit à feuilleter distraitement le magazine posé sur la table basse. Ça parlait de musique, ses yeux allèrent automatiquement sur la discothèque qui occupait une grande partie du mur en face.
Les habits propres étaient soigneusement déposés sur le lit dans la chambre, il alla les enfiler. Revenu au salon : « Trois, quatre, quelle différence ? » pensa-t-il et il ajouta le mégot de sa cigarette dans le cendrier.
Take the A train de Duke Ellington. Le morceau qui passait était Chelsea bridge. Il écouta le suivant Caravan et avança jusqu’à I let a song go out of my heart. J’aurais voulu m’en souvenir. Le hasard avait bien fait les choses, se disait-il, une prochaine fois pourrait-il l’aider un peu.
Il récupéra son blouson, son sac à dos, jeta un dernier regard. Il aurait aimé avoir un peu plus de temps : pas dormir mais s’allonger ou juste s’asseoir un moment sur le lit, pas manger mais rester pensif appuyé contre l’évier ou la gazinière, s’imprégner, sur le canapé écouter ce disque jusqu’à la dernière note.
Il se rendit dans la cuisine. Sans hésitation, il grimpa sur le rebord de la fenêtre et se retourna. Quand il eut remit celle-ci dans sa position initiale, il sauta.
Il réajusta son sac à dos, jeta un œil aux étages supérieurs et ne vit rien. Quelques secondes après, il avait tourné le coin et il passait devant l’entrée de l’immeuble ; je m’arrangeais encore les cheveux.
Pas après pas, j’eus le sentiment de disparaître. La nuit semblait faire fondre peu à peu tout ce que j’avais été ces dernières minutes.

Vol …

Imagine Bird dans un solo ou Nick Adams à la chasse en Afrique
Imagine K devant le Château, Achab partant défier Moby Dick
Holden Caulfield, les Tropiques, La pêche à la truite en Amérique

Imagine Charles Forster Kane, Sam Lowry, Maria Vargas, Roslyn Taber
Peut-être Spade, William Lee, MacMurphy, Alice, Renée, Elsa Bannister
Ou La rose pourpre du Caire ou La chute de la Maison Usher

Imagine un grand oiseau dans son vol et ses larges ailes déployées
Imagine n’importe quel animal faisant ce pourquoi il fut créé
Si t’imagine que tu décolles pour l’intérieur de ton secret

Cette histoire blues

J’accroche mon regard
Aux lignes du papier peint
Il y a une histoire
Mais des fois ça n’vaut rien
C’est notre laboratoire
Occupé à se chercher un vaccin

Durant des jours froids
Comme la corde pour me pendre
Ne cherchant qu’le combat
Pour pouvoir mieux se rendre
Laissé cette histoire-là
Dans l’incapacité de me surprendre

Où perlent nos désirs
Et c’que la peur emporte
Ne faisais qu’réagir
Et tu m’prêtais main forte
Maintenant j’peux le dire
Cette histoire n’a jamais été la notre

Un soupçon d’amour

Bardel a fini sa carrière dans l’armée comme colonel, c’est ce que les collègues disent en tous cas et c’est comme ça qu’ils le surnomment : le colonel. Lui, il semble qu’il n’en parle jamais ; il faut bien dire aussi qu’il n’est pas très bavard. Quand on le remplace, il ne dit rien, à croire qu’il ne se passe jamais rien la nuit quand il est de service. Quand c’est l’inverse, il écoute les consignes et le plus qui va sortir de sa bouche c’est : Bien. Okay.
Alors je ne sais plus quelle connerie Guillaume a pu dire ce jour-là pour que d’un seul coup, Bardel se mette à nous parler de l’Indochine.

Guillaume et moi, nous ne nous regardons pas mais nous sommes aussi surpris l’un que l’autre.
Là-bas, dit Bardel, les filles faisaient n’importe quoi pour de l’argent. A l’époque, ça devait coûter un ou deux dollars. Sur la somme, il ne se souvient plus bien. Mais il se rappelle une fille en particulier. Et de nous décrire par le détail ce que cette fille faisait … « Et les mains aussi », fait-il.
Il hoche la tête, marque un silence, nous sourit.
Et puis il continue : et je ne pourrais dire si ce qu’il raconte est la vérité ou s’il est, comment dire, mû par son succès, mais les images de cette fille en particulier qu’ils nous propose sont de plus en plus obscènes. Nous sommes pourtant, Guillaume et moi, des adultes depuis un bon moment, nous sommes en couple ou nous l’avons été en tous cas mais devant Bardel, nous voilà tous les deux comme des enfants qui tombent pour la première fois sur un film porno.
Finalement, notre colonel lève le bras, le poing serré, le coude sur le ventre. Il rit, d’un rire indescriptible. « Elle faisait ça souvent », conclut-il.

Lorsque nous revenons de notre ronde, nous le trouvons assis dans le même fauteuil. C’est le Bardel que nous connaissons : muet, le visage impassible. Il flotte une forte odeur dans la pièce. Il est en train de feuilleter le livre que je vois traîner depuis longtemps sur la table. Son titre est Un soupçon d’amour. Sur la quatrième de couverture, une publicité pour un café.

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