Brautigan ( Une ode )

24 août

Après avoir rendu le film que je n’avais pas regardé, le livre que je n’avais pas lu et les trois disques, je me mis à feuilleter un Brautigan. Il pleut en amour … Par la grande baie, un grand soleil d’octobre.

C’est comme ça que je la vis. J’écarquillais les yeux. C’était bien elle. Pas de doute. Ça faisait si longtemps. Dissimulé derrière les rayonnages, je me mis à l’observer. Je la trouvais amaigrie. Le teint blanchâtre. Une vague tristesse m’envahit : j’espérais que sa longue absence n’était pas due à la maladie.

Je me décalais légèrement vers les Bukowski mais ce changement ne me satisfit pas du tout, je revins vite à mon emplacement initial. J’y fus rasséréné, je la voyais bouger, évoluer derrière son bureau, renseigner les lecteurs, leur sourire. Non, aucune maladie dans tout ça ! Tout allait bien ! Oui ! Tout allait toujours bien ! Tout allait bien !

Aucune demande de renseignement ne me vînt et je restais donc là un œil sur Brautigan et l’autre sur elle. Brautigan, le meilleur angle de vue de toute la bibliothèque !

Pour revenir chez moi, je pris un chemin différent. J’y vis beaucoup de choses. Toutefois, quand j’ouvris la porte de mon appartement, je ne me souvenais de rien. Je ne me souvenais pas de l’homme qui boitait que j’avais vu de dos, je ne me souvenais pas de la photo d’une mère avec son enfant sur une publicité quelconque.

23 Réponses à “Brautigan ( Une ode )”

  1. Eeguab 24 août 2018 à 19 h 59 min #

    Patrick, ton texte est formidable et, une fois de plus, me prend aux tripes.Le livre, l’inquiétude, la tristesse et elle. Oh, elle…
    Je ne parviens plus guère à écrire. Ca me semble surhumain, je veux dire écrire vraiment.
    Je te dédie cette chanson, une merveille, du groupe indie-folk My Morning Jacket. Elle s’appelle Librarian et me semble appropriée. Je la joue un peu, modestement.
    A bientôt.

    https://youtu.be/wR57e5xjCjE

  2. V.s. 24 août 2018 à 21 h 01 min #

    Qu’est-ce que j’ai vadrouillé dans les allées des bibliothèque, et le fais encore.
    Cette chanson est une merveille, tu as raison. J’en ai lu les paroles après l’avoir écouté. Elle est parfaitement appropriée avec sa bibliothécaire sexy. Je ne connaissais pas ce groupe.
    Merci beaucoup Claude pour ton commentaire et ta dédicace. J’espère que tu publiera ta version de cette chanson.
    À bientôt.

  3. Célestine 25 août 2018 à 2 h 16 min #

    Lorsqu’il entra dans ma librairie, je le repérai sur le champ : toujours la même perle accrochée à sa cravate et cette petite mèche descendant vers son oeil, comme une virgule. Furieusement romanesque.
    Il se planqua derrière un Brautigan pour m’observer, ne sachant pas le trouble dans lequel il me plongeait.
    Je me promis de l’aborder la prochaine fois, mais il ne revint pas de l’été.
    •.¸¸.•*`*•.¸¸✿

    • V.s. 25 août 2018 à 15 h 27 min #

      L’idée lui vint de relire Le général sudiste de Big Sur de Brautigan mais ne pouvant remettre la main dessus, il décida d’aller le racheter dans une librairie. Quand il se retrouva devant la caisse, il fut déçu de ne pas tomber sur la belle libraire qu’il avait observé du coin de l’œil en faisant semblant d’hésiter devant Brautigan.
      Quand Elaine apparut dans le roman, elle prit les traits de la belle libraire. Margaret fit de même quand il relut Sucre de pastèque …
      C’est ainsi qu’il passa un bel été avec Brautigan et les images de la belle libraire.

  4. Eeguab 25 août 2018 à 8 h 51 min #

    A la bibliothèque, toute fraîche rénovée, j’étais un peu perdu. Allait-elle revenir après ces douze mois de fermeture? Je crus l’apercevoir. Ses cheveux n’étaient plus de la même teinte. Enfin il me semblait. Maladroit je laissai tomber Le désert, dont je relisais une page à chaque fois que j’entrais ici.
    Elle tourna la tête et la mienne chavira. Aussitôt cet homme lui demanda quelque chose. Elle lui sourit,elle lui sourit trop. Ce n’était pas à moi.
    Je pris le roman de roman de Henri-Pierre Roché. Bizarrement, si je connaissais chaque scène du film de Truffaut, je ne l’avais jamais lu.

    • V.s. 25 août 2018 à 15 h 35 min #

      Il ne m’a rien fait, le pauvre. C’est comme ça. C’est les coïncidences. Il n’y est pour rien. Tiens, je ne me souviens même pas de sa question ? Comme tous, il ne s’y retrouvait pas dans les nouveaux rayons, alors ils demandent, c’est normal.
      Enfin, non pas comme tous donc, lui il n’a malheureusement pas eu besoin de moi, l’homme qui lit un peu du Désert des Tartares à chacune de ses visites. C’est comme ça que je l’ai remarqué car j’aime beaucoup ce livre. Et aujourd’hui, je savais déjà qu’il était là, bien avant qu’il ne le fasse tomber je veux dire …
      Vous savez, j’ai souvent emprunté des livres après qu’il les ait rendu ….

      • Célestine 26 août 2018 à 7 h 43 min #

        J’ai fait un rêve hier. Mais c’était peut-être, à bien y réfléchir, un rêve éveillé. Une sorte de distorsion du temps, par un de ces tours de passe-passe dont Dieu, ou le destin, sont friands.
        Brautigan lui-même, oui c’était bien lui, était assis dans un coin de la librairie. Je reconnaissais sa moustache et ses cheveux longs sous son inénarrable chapeau. Il semblait qu’il observât le manège incessant de trois personnages en présence. Deux hommes, une femme.
        Il nota dans un carnet que la femme était rousse, et que l’un des deux gars lisait Buzatti. Il nota aussi que l’air était plein de désirs et de rêves flous.
        ¸¸.•*¨*• ☆

        • V.s. 26 août 2018 à 11 h 53 min #

          POURQUOI L’AIR ÉTAIT PLEIN DE DÉSIRS ET DE RÊVES FLOUS ?

          L’air était plein de désirs et de rêves flous.
          La nouvelle commence comme ça. Je ne sais pas si c’est un bon début, ce n’est pas à moi d’en juger. En tous cas, c’est son début. Si vous voulez mon avis, les nouvelles se choisissent leurs débuts toutes seules comme des grandes, et qui peut reprocher à l’une d’elle de s’être choisi comme début: L’air était plein de désirs et de rêves flous ?
          L’action de cette nouvelle se passe à la librairie City Lights à San Francisco en 1964 … non, dans une librairie en France, en 2018 … non, l’action … ah, mais peu importe dans quel pays et en quelle année se passe cette nouvelle. Ce n’est pas ça qui compte dans cette nouvelle, ce qui compte c’est que l’air y est plein de désirs et de rêves flous, voilà, ne nous éloignons pas de ça, ne l’oublions pas.
          Et pourquoi, me demanderez-vous, l’air y est comme ça ? Eh bien, parce que dans cette librairie ( l’action se passe dans une librairie, peu importe où je vous l’ai dit, mais dans une librairie, c’est important ), il y a deux hommes et une femme. La femme est rousse et belle. Voilà … je crois avoir commencé à répondre à la question pourquoi l’air était plein de désirs.
          Deux hommes et une femme. Trois pôles de désirs. Qui se regardent avec des yeux qui sont comme des canons lançant d’invisibles étoiles. Les canons à désirs sont très puissants, car entre la femme et l’un des deux hommes, il y a un espace, pas aussi grand qu’un désert, comme par exemple celui des Tartares que l’homme vient de laisser échapper mais quand même, eh bien les désirs le franchissent aisément.
          Et les rêves flous, me direz-vous ?
          Est-ce la peine ? Ne suffit-il pas que vous réfléchissiez ?
          Les rêves flous : lorsqu’il vous est arrivé de croiser une belle femme ou un bel homme, vous en avez eu sans doute assez pour pouvoir répondre à cette question, non ?

          • Célestine 26 août 2018 à 21 h 33 min #

            Les désirs comblent les déserts, surtout les déserts affectifs, se dit la Rousse, qui observe les deux clients de la pointe de ses yeux d’opale. Elle ne sait lequel choisir des deux. C’est idiot cette manie de choisir qu’on vous impose constamment. Ne savent-ils pas que certains choix sont impossibles, et vous déchirent le coeur aussi puissamment qu’une lame de fond sur une coque ?
            Choisit-on entre son poumon droit et son poumon gauche ? Entre manger ou boire ? Entre le jour et la nuit ?
            Elle décide de ne pas choisir. Afin de garder au rêve son côté flou. Peut-être sa vie est-elle, à cet instant, de confronter Brautigan et Buzatti ? Un vrai défi de bibliothécaire…

  5. Eeguab 27 août 2018 à 8 h 13 min #

    J’ai peut-être confondu, le temps me martèle maintenant, un peu cruel, un peu complice. J’aurais juré que c’était dans une bibliothèque. Les autres, ils disent comme ça une librairie. J’aurais juré pourtant. Mais du reste je mets ma main au feu. Moi je n’ai pas rêvé. J’ai vécu l’étrange moment, la drôle de vision, c’est vrai qu’elle était rousse, je crois. C’est vrai qu’elle était belle, j’affirme. C’est vrai que maladroit, je l’ai toujours été. Je renverse mon verre, je laisse tomber ma serviette à la piscine. Cet épisode du livre tombé…

    Et toujours ce vieux syndrome, le choix du non-choix,mais bon sang je ne connais que ça. Sauf que ni blanc ni noir, c’est incolore. Il reste les regards, ou les souvenirs des regards. La tête me tourne. Prudence.

    • V.s. 27 août 2018 à 16 h 22 min #

      J’ai bafouillé. Ce n’est pas la première fois que ça m’arrive en présence d’une femme … et ce ne sera pas la dernière. Je viens ici parce que les bibliothèques, les librairies, ce sont des endroits dans lesquels je me sens bien, qui ressemblent à un lieu idéal …
      Dès que je l’ai vue, j’ai été attiré. D’habitude, je ne vais demander des renseignements que si je ne peux pas faire autrement. Là, c’était tout le contraire. Les cinq titres sur ma liste, je savais où je pouvais les trouver, je n’avais besoin de personne. Sauf que c’était trop tard. Un élan que je n’avais pu réprimé me faisait avancer vers elle. Je ne pouvais faire machine arrière.
      Et plus je froissais dans ma main le petit bout de papier où j’avais griffonné La mort en été, Cent ans de solitude, Les allées sombres, Tandis que j’agonise et Ténèbres, prenez-moi la main, plus je me disais que je ne pouvais lui demander ça …
      - Je cherche Carver. Des nouvelles. Parlez-moi d’amour.
      Elle m’indiqua où je pouvais trouver un exemplaire de ce livre, que j’avais lu plusieurs fois et dont j’en visualisais parfaitement un autre exemplaire sur une de mes étagères.
      En revenant un peu plus tard vers elle, avec ce livre en main pour le faire enregistrer, je suivais quelqu’un qui empruntait Jules et Jim. Mince, pourquoi n’y avais-je pensé ?

      La ballade du café triste, le cœur est un chasseur solitaire …

      • Célestine 29 août 2018 à 3 h 04 min #

        Bien sûr c’est une bibliothèque. Mais à cause de mes origines irlandaises, je confonds souvent avec le mot anglais Library.
        Tiens je me demande lequel des deux m’emmènerait faire un tour sur la verte prairie d’Erin…Chacun semble absorbé par sa lecture, à moins que ce ne soit par le bruit de cette obsédante mouche au plafond. L’air est pâteux aujourd’hui.
        L’après-midi se traîne comme une étole de brume.
        Je vais sortir dans la rue. J’ai besoin de respirer un peu d’air, comme ces oiseaux asphyxiés qui ouvrent le bec frénétiquement pour reprendre leur vol.
        ¸¸.•*¨*• ☆

        • Eeguab 29 août 2018 à 8 h 31 min #

          Quelques jours à Edimbourg me feront peut-être du bien. Doit bien y avoir là-haut quelques fantômes bienfaisants. Elle a parlé d’Erin.Je n’ose y croire. Là-dessus j’ai peut-être une longueur d’avance.
          Qu’est-ce que je me raconte, qu’est-ce que je vous raconte là? Voilà que je parle comme un coureur de 400m. Voilà que je parle compétition. Dieu me garde d’en arriver là. Mais je vais me remettre. « Dites. Je vais me remettre? »
          Quand je serai rentré la bibliothèque sera enfin réouverte*. Evidemment elle est baptisée médiathèque. Une rencontre?

          * Authentique

          • V.s. 29 août 2018 à 16 h 47 min #

            Voilà, tout à l’heure, j’ai eu envie de prendre l’air. J’en pouvais plus. Je suis sorti devant un moment. Je sais pas un quart d’heure, pas plus. Alors j’ai appelé ma femme pour qu’elle vienne tenir la caisse pendant ce temps-là. Et pendant que j’étais dehors, j’ai vu une femme et un homme. La femme, c’est une des bibliothécaires d’en face, elle prenait l’air comme moi. L’homme, c’était un lecteur qui sortait. Je l’ai vu la regarder, je veux dire plus qu’un simple coup d’œil pendant qu’il faisait semblant de chercher quelque chose sur son téléphone, je veux dire ça se voyait. Rien de bien particulier : il voulait l’aborder parce que visiblement elle lui plaisait et elle, je sais pas, elle voulait peut-être qu’il le fasse. Enfin voilà, je le trouvais charmant ce manège. Je suis resté un moment à les observer et je suis rentré.
            Dix minutes plus tard, l’homme est venu m’acheter un magazine. Et quand il est passé à la caisse, il y avait la chanson des Pogues qui passait à la radio et il s’est mis à la fredonner : Dirty old town, dirty old town. Et comme il me l’avait un peu mise dans la tête, je l’ai fredonné moi aussi après son départ. Et c’est comme ça que je me suis mis à repenser à une époque où je l’entendais souvent cette chanson, quand on allait dans les pubs avec mes potes, et puis je sais pas j’ai un peu mélangé tout ça, la femme et l’homme sur le parvis de la médiathèque et les pubs de ma jeunesse … et forcément j’ai repensé à elle et moi quand on a commencé à sortir ensemble, et je me suis senti bizarre.

            Dreamed a dream by the old canal
            Kissed a girl by the factory wall
            Dirty old town, dirty old town

  6. V.s. 31 août 2018 à 13 h 38 min #

    J’espérais que ça allait continuer, au moins un tout petit peu pour qu’un de vous deux ( ou les deux ) conclue mieux que j’ai pu le faire.
    Merci Célestine, merci Claude d’avoir continuer ainsi mon premier texte. J’ai adoré.

  7. Eeguab 31 août 2018 à 20 h 03 min #

    https://youtu.be/UT6dGBnT98Q

    Ce sera ma conclusion à cette expérience très intéressante. Pourquoi pas aller plus loin, à trois voix. Je ne sais d’ailleurs pas trop comment mais qui sait. A bientôt tous deux.

  8. V.s. 31 août 2018 à 22 h 46 min #

    Merci pour le lien vers ta Dirty old town. Une belle Irlande. Moi non plus, je ne sais pas comment continuer, mais j’aimerais. L’expérience est stimulante. Pourquoi pas ?
    À bientôt Claude.
    Célestine ?

  9. Célestine 3 septembre 2018 à 1 h 30 min #

    Je suis retournée à la bibliothèque après mon absence. C’était fini. Ils étaient partis l’un comme l’autre. Le charme était rompu, les licornes retournées à leurs pages jaunes et moisies, au fond des contes pour enfants.
    Sur une table, ouvert à la page 142, un livre de Brautigan dont les feuillets vibraient au vent de septembre, n’avait pas été rangé dans les rayons.
     •.¸¸.•*`*•.¸¸✿

  10. V.s. 3 septembre 2018 à 16 h 15 min #

    Quelle merveilleuse conclusion Célestine ! Encore un grand merci à vous deux ! :) :) :)

    • Célestine 4 septembre 2018 à 0 h 32 min #

      On rejouera une histoire à trois voix, dis ? J’ai adoré…
      Bisettes
      ¸¸.•*¨*• ☆

  11. V.s. 4 septembre 2018 à 20 h 03 min #

    Je l’espère !!! Moi aussi, j’ai adoré. Et je crois que Claude est partant aussi, alors …

  12. Eeguab 6 septembre 2018 à 13 h 05 min #

    Ben moi aussi j’ai adoré. Vous croyez que vous allez vous débarrasser de moi comme ça? :D

  13. V.s. 6 septembre 2018 à 13 h 53 min #

    Il ne reste plus à voir comment on va s’y prendre mais on est tous les trois prêts. :) :):)

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