Archives pour août 2018

Brautigan ( Une ode )

Après avoir rendu le film que je n’avais pas regardé, le livre que je n’avais pas lu et les trois disques, je me mis à feuilleter un Brautigan. Il pleut en amour … Par la grande baie, un grand soleil d’octobre.

C’est comme ça que je la vis. J’écarquillais les yeux. C’était bien elle. Pas de doute. Ça faisait si longtemps. Dissimulé derrière les rayonnages, je me mis à l’observer. Je la trouvais amaigrie. Le teint blanchâtre. Une vague tristesse m’envahit : j’espérais que sa longue absence n’était pas due à la maladie.

Je me décalais légèrement vers les Bukowski mais ce changement ne me satisfit pas du tout, je revins vite à mon emplacement initial. J’y fus rasséréné, je la voyais bouger, évoluer derrière son bureau, renseigner les lecteurs, leur sourire. Non, aucune maladie dans tout ça ! Tout allait bien ! Oui ! Tout allait toujours bien ! Tout allait bien !

Aucune demande de renseignement ne me vînt et je restais donc là un œil sur Brautigan et l’autre sur elle. Brautigan, le meilleur angle de vue de toute la bibliothèque !

Pour revenir chez moi, je pris un chemin différent. J’y vis beaucoup de choses. Toutefois, quand j’ouvris la porte de mon appartement, je ne me souvenais de rien. Je ne me souvenais pas de l’homme qui boitait que j’avais vu de dos, je ne me souvenais pas de la photo d’une mère avec son enfant sur une publicité quelconque.

A la fenêtre du train

Je l’aime et …

Loin, à la fenêtre du train, je vois bien, je vais loin, danse devant moi, des sommets pimpants, des collines de satin, des landes impeccables dans le rouge et le sable.

Loin, à la fenêtre du train, je sais déjà, je suis loin, s’écrivent sous mes yeux, des romans fleuves, des poèmes urbains, des complaintes automnales dans le bleu et l’impérial.

Loin, à la fenêtre du train, je vais aussi, je rejoins, des ailleurs si j’y suis, des souvenirs de rubis, des adieux lointains, des étoffes siamoises dans le noir et l’ardoise.

Imagination

Je l’aime et …

Je n’ai pas d’imagination.

Si j’imagine un homme qui marche, il longe un champ piqueté de ballots de foin et s’il ne se rappelle pas avec nostalgie des étés de son enfance, il le fera d’autres étés pas aussi lointains …
Si j’imagine cet homme en compagnie d’une femme, il est mal à l’aise et cherche le plus sûr moyen pour s’éclipser et lorsqu’il aura réussi à le faire, il en viendra à se souvenir avec tristesse des jours heureux passés aux côtés de celle qui l’a quitté …
Et si cet homme imagine une femme, elle ressemblera à celle qui l’a quitté et elle sera dans son lit, le v de ses jambes, la générosité de sa poitrine, tout son corps sera au diapason de son ventre se creusant. Comme ses yeux bleus pour le voir, ses boucles blondes pour capturer son souffle.

Souvent

Elles sont au comptoir.
Elles prennent un verre. Elles disent « Merci ». « C’est gentil ». Elles sourient. Quand on pose la question, elles disent qu’elles passent une bonne soirée. Elles fument parfois, alors elles sortent un moment sur le trottoir et alors on les suit. Peut-être il vaut mieux qu’elles parlent beaucoup. Même si c’est de tout et de rien.
Elles sont belles. Elles sont sûres d’elles, ça les rend encore plus belles. Elles écartent parfois leurs cheveux, quand elles les ont longs. Elles portent des jupes, souvent, courtes plus souvent que longues. Elles ont des poitrines généreuses, plus souvent que de petits seins. Elles rient. Elles rient parfois aux éclats, et les autres regardent alors dans leur direction. Donc, dans la direction aussi de l’homme qui est à leur côté.
Elles connaissent souvent le barman.
Elles passent les premières pour sortir du bar et pour entrer dans la chambre à l’hôtel. Elles plaisantent. Elles embrassent. Bien. Elles le font parfois en se déshabillant.
Elles viennent sur le lit. Elles font l’amour. Bien.
Elles n’ont rien à gagner ou rien à perdre et c’est peut-être la raison qui fait qu’elles parlent souvent librement.
Si c’est le cas, elles peuvent avoir droit à la photo qu’il a toujours dans son portefeuille et si c’est le cas, elles disent que ses enfants sont mignons et il lit dans leurs yeux ce qu’elles doivent penser mais ne disent pas, que sa femme est belle, vraiment très belle. Pourquoi ?

Les jambes légèrement repliées

Je dors
Pendant que je dors
La tête bien au creux de l’oreiller
Les jambes légèrement repliées
Je dors
Quand j’entrouvre les yeux
Il ne me paraît pas chaleureux
Celui qui vient frapper au volet
Je dors
Quand je me rendors
Permettez quelques minutes encore
Ce sera toujours ça de gagner

Je dors
Pendant que je sors
Dans le sens de la circulation
Jetant un œil torve à l’horizon
Je dors
Derrière ma machine
Dans les bruits assourdis de l’usine
Que je perçois malgré les bouchons
Je dors
À la cigarette
Matant des conneries sur le net
Prenant part à la conversation

Je ne rêve pas éveillé
Je vois ce que j’ai créé
Et surtout n’ai pas créé

Si je n’ai pas d’existence
Je n’inspire aucune croyance
L’image d’un Dieu déprimé

Je dors
Pendant que je mords
Dans ma tartine et souffle sur le chaud
Cligne sur le sanglant dans les journaux
Je dors
Quand vient la colère
Qui est devenue ma régulière
Et que j’emmènerai au tombeau
Je dors
Quand ma mère veut parler
Son insomnie de la nuit passée
Ne provoquera pas mon sursaut

Je ne rêve pas éveillé
Je vois ce que j’ai créé
Et surtout n’ai pas créé



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