Valéria

Aujourd’hui, en rangeant de vieux papiers, je suis tombée sur ce texte. Je croyais pertinemment l’avoir perdu. Bien sûr, il ne vaut pas grand chose mais ça m’a fichu un coup, presque une larme, parce que c’est sans aucun doute mon tout premier.
Dans ce texte, je dis que je n’écris pas; quand je pense aux pages que j’ai noircies depuis !

De retour chez moi, j’ai écrit sur une feuille blanche « La mante noire » et à côté « Valéria ». Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça, je n’écris pas, ni journal intime, ni rien.
Après l’entracte, quand la musique est repartie, ils sont revenus et se sont collés à la scène. Lui ne portait plus sa veste qu’il avait sur l’épaule mais conservait comme avant les mains dans les poches, sauf pour fumer ou bien boire une gorgée de bière à son gobelet posé à côté d’une enceinte; elle … elle n’avait plus ce long manteau noir qui, de la distance à laquelle je l’avais vu avant, faisait penser à une cape … ou à de grandes ailes au repos.
Par instants, elle mettait une cigarette dans un fume-cigarette, chaloupant toujours, plus doucement, faisant tomber les cendres d’un léger coup avec le doigt. La cigarette consumée, elle l’écrasait du talon de sa bottine, puis se remettait à danser, cette fois le faisant plus sauvagement, étalant sans fausse note le prodige de ses courbes. Elle dansait seule, balançant la tête, ses bras au-dessus d’elle paraissant jongler avec des bulles d’air ou contre son dos à lui, son corps s’y lovant parfaitement.
J’ai demandé une cigarette à un homme à côté de moi. Après me l’avoir allumée, il m’a regardé, intrigué d’abord, amusé ensuite. Ça se voyait que je n’avais pour ainsi dire pas fumer de ma vie, et plus du tout depuis le lycée.
C’est sous le regard humide de certains hommes, comme celui de la cigarette, que je lui ai donné ce prénom, comme ça, comme pour moi.

2 commentaires à “Valéria”


  1. 0 Eeguab 10 oct 2017 à 9 h 54 min

    Texte peut-être ancien mais qui traduit déjà, me semble-t-il, ce mal-être qui ne nous quitte jamais tout à fait. Cest du moins ce que je ressens, qu’on l’appelle Valeria ou…
    A bientôt Patrick.

    Répondre

  2. 1 V. s. 10 oct 2017 à 15 h 36 min

    Un mal-être oui et il m’arrive de m’arrêter malgré moi devant des personnes qui ne semblent pas l’avoir en elles, qui semblent en tous cas n’en dégager aucun lorsqu’on les regarde évoluer.
    A bientôt.

    Répondre

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