Archives pour août 2017

Rochechouart ( Etude )

L’aube dans le brouillard
Quelque part
Rochechouart
C’est l’enfance de l’art

Une partie de la nuit, l’ancienne gare était en fête
Un petit comité de rires, d’alcools et de pétards
Quelque chose rappelant aisément d’autres fêtes

Ce matin, le jour peine à se lever sur la médiathèque
Y a-t-il là-bas dans les rayons mon William Saroyan
Cet « audacieux jeune homme au trapèze volant ? »

C’est quoi ton histoire ?
Rochechouart ?
Okay y’a une éternité
Une pierre est tombée …

Ton aube dans le brouillard
Rochechouart
Quelque part
C’est l’enfance de l’art

Le roi cocu

Avoir le cœur sur la main, mettre sa main au feu
La charrue, celle de l’homme qui a volé les œufs

Le roi cocu enchaîné sur la butte
Ce roi cocu enchaîné sur la butte
Se voit cocu enchaîné sur la butte
Gros-Jean
Comme devant

L’aiguille dans la botte de foin
Donner sa langue à son chas
Tenter d’y passer un chameau

Pas bien échappé, traînant son lien
Monté sur ses grands chevaux
Et ne trouvant rien sous leurs pas

Le roi cocu enchaîné sur la butte
Ce roi cocu enchaîné sur la butte
Se voit cocu enchaîné sur la butte
Gros-Jean
Comme devant

Donner sans confession le bon Dieu
Et tirer le diable par la queue

… … … … … …

( Au départ, le livre Tout Ubu ( Alfred Jarry ))

Jésus Marie Joseph

J’étais parti éliminer les toxines d’une humeur brandebourgeoise
Mais on sait qu’tous les parcours ne se font qu’entre tuiles et ardoises
J’ai dit Jésus, Jésus Marie Joseph
Pas aujourd’hui qu’tu feras une perf’
Obligé de réduire pas mal la voilure
Et de dire au diable tous les augures

Un vieux sur le bas-côté se grattant le bide à la Baden-Powell
Dit alors que je ne voulais rien que son chien s’appelait Abel
J’ai dit Jésus, Jésus Marie Joseph
J’aurais mieux fait d’aller à la pêche
J’imaginais que ce chien avait un frère
Mais comment s’appelait le propriétaire ?

Je taxais juste un peu de pollen dans la réserve d’une coccinelle
Comme elle me regarda j’me dis qu’elle allait déployer ses ailes
J’ai dit Jésus, Jésus Marie Joseph
C’est pas sûr que prenne la greffe
En moi tout un mélange de déjà-vu
Et d’impressions de tomber des nues

Nom de Dieu je n’ai vraiment pas été loin de dire Adieu Berthe
Mais au final bien ou mal tout ça n’sera qu’une fausse alerte
J’ai dit Jésus, Jésus Marie Joseph
Ça va, doc, tu peux retirer la perf’
On verra bien ce que sera demain
Et je me cherchais une rime en vain

Flash-back

Il faut que je te dise ce que j’ai lu sur le journal d’aujourd’hui. Pierrot a disparu. Pierrot, tu te rappelles, c’est le mec de Flash-back.
Je me doute que tu dirais : « Qu’est-ce qu’on a pu y aller là-bas ! » Et que tu rajouterais : « C’est même chez lui que j’ai trouvé mon vinyle de Dark side of the moon ».
Il n’a pas donné signe de vie depuis le week-end dernier. J’ai su que c’était lui parce qu’il y avait sa photo. Il y avait son nom aussi mais peu importe, nous, on l’a toujours appelé Pierrot.

Je ne sais pas pourquoi j’ai eu soudain envie d’écrire ça. Comme si tu allais frapper à ma porte et entrer et que je pourrais te le dire. Sans doute parce que ce mec et son magasin ne pouvaient que me faire repenser à toi et aux bons moments passés ensemble là-bas.
Et je ne me rends compte que maintenant de la coïncidence – tu me dirais sans doute que ce n’en est pas une – mais j’ai pris à la médiathèque deux disques des Doors. Je vais te dire les titres. Morrison Hotel, L.A. Woman. C’étaient tes préférés je me souviens.

Jours de lenteur

L’intitulé de ma mission
Déjà écrit au brouillon
Comme le tableau endormi
Dans les yeux de Tanguy

Hirondelle
Petite aile
Ma petite aile
C’était toi
Toujours toi

Le bateau se réveillera
Ah sa sacrée gueule de bois !
Avec les yeux endormis
Sur le tableau de Tanguy

Hirondelle
Petite aile
Ma petite aile
C’était toi
Toujours toi

Mais tu as eu comme en horreur
De vivre des jours de lenteur
C’est comme ça que ma mission
N’est restée qu’un brouillon

Hirondelle
Petite aile
Quel ciel
S’il est sans toi ?

( Tableau : Jour de lenteur ( Yves Tanguy ) ( 1937 ))

Quelque chose de nocturne

Je l’aime et …

C’est quelque chose de nocturne qui m’est tombé dessus en pleine journée. Quelque chose d’obscur, de lent, de rampant …
Ma vie, j’ai été obligé de lui donner de la vitesse, de l’étourdissant, de l’inconscience …
Maintenant, quelque chose d’un cauchemar, d’une lune noire, qui irrésistiblement s’accroche au moindre de mes pas, m’empêche pour ainsi dire d’avancer.
Ça faisait longtemps.

Ça fait longtemps, longtemps …

Les maladies auxquelles on ne pense pas

Je suis dans le couloir, personne ne vient. Une infirmière passe et je l’arrête. Je lui demande si le Docteur Vallet est là. Cinq minutes plus tard, on s’occupait de moi. Le Docteur Vallet, c’est mon cousin. Si tu connais personne …

J’aurais pu plus mal tomber. Le gars était dingue de sport lui aussi. On a pris toutes les chaînes et on a partagé la note. Faut dire qu’on ne dormait pas beaucoup lui et moi. A la fin, même les infirmières la nuit passaient regarder la télé avec nous. Faut dire qu’il avait des prises de sang toutes les heures, même la nuit. Il avait toutes les articulations violettes, les coudes, les genoux. Y’a de ces maladies, quand même.

Elles étaient obligées de me laver. J’étais pas bien. Bon, je m’en fous qu’elles me voient, elles en voient d’autres tous les jours, mais quand même. Quand t’en arrive là, c’est là que tu vois qu’on est peu de chose. On est rien sur terre. Quand on est jeune, on n’y pense pas, on est jeune, on ne pense qu’à vivre, c’est tout. D’ailleurs, heureusement qu’on n’y pense pas.

Un de mes potes a eu un cancer à vingt-cinq ans. On ne lui a pas coupé la jambe mais elle est toute raide, comme morte. On est rien sur terre, oui, on est peu de chose.

Sine die

Je l’aime et …

Je suis le gardien de la flamme. Il y a une flamme et j’en suis le gardien.
Il y a une flamme, mais je suis un saxophoniste sans instrument, sans souffle. Un souffle sans chaleur. Il y a une flamme mais je suis un joueur sans jeu, sans enjeu. Une nuit sans rêve, une vie sans toi.
Je suis le gardien de la flamme. Il y a une flamme, je la garde, la regarde.

… … … … … …

Tes cheveux sur mon front, ta chaleur m’enveloppe, ton souffle sur ma joue, un souvenir de souffle, ton « Je t’aime » à mon oreille, ce « Je t’aime » sur tes lèvres, un souvenir de lèvres.

… … … … … …

Je suis trempé jusqu’aux os par cette pluie qui a cessé, qui a séché depuis longtemps, ébouriffé par ce vent qui s’est tu depuis longtemps, ébloui par ce soleil qui s’est couché depuis longtemps comme je suis émerveillé par cette neige qui a fondu, a disparu depuis longtemps.

… … … … … …

Mon idée était de construire quelque chose de neuf. Je me suis mis à creuser la terre pour les fondations.
Aujourd’hui, tous les travaux sont arrêtés. Tout est ajourné, remis sine die.
J’aurais bien dû me douter qu’en voulant creuser ici, j’allais mettre au jour tout ce que j’y avais moi-même enterré.

Est-ce écrit ici ?

N’est-ce pas signe
Que tout espoir
N’est pas indigne ?
Est-ce écrit ici
Que cette histoire
N’est pas finie ?

N’est-ce pas signe
Que tout espoir
N’est pas indigne
Ce grand soleil sur des champs de gel
Au sortir de la longue année cruelle ?
Est-ce écrit ici
Que cette histoire
N’est pas finie ?

Est-ce écrit ici
Un aller sombre et le retour lumineux ?
Le pain noir avalé, ses jours heureux ?



Surlesbordsdunjournal |
Nouvelles pleines d'es... |
9757169781 Thought Elevator... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Boulgom en 100 mots
| Pouvoir écrire la vie
| Nouvellesetseries