Archives pour avril 2016

Caillotte

C’est au JP derrière l’église que je l’ai rencontrée, pas dans la cour. Elle est d’abord venue en face, mais comme elle s’est mouillée les fesses, elle m’a demandé si elle pouvait s’asseoir à côté de moi. Mon banc était plus sec, selon elle. J’ai essuyé de la main comme j’ai pu les gouttes de pluie de la nuit. Elle avait une voix fraîche mais je n’ai pas compris pourquoi elle aussi elle faisait le mur.
J’ai fumé la cigarette qu’elle m’a offerte en essayant de ne pas crapoter, de continuer à l’écouter et de ne pas tousser. Elle aimait les maths autant que je les détestais. Nous aimions tous les deux l’anglais, la différence étant qu’on pouvait mettre une bonne moyenne sur son amour de cette langue. Il fallait qu’elle aille à la bibliothèque et il fallait que je l’accompagne. Elle avait une voix fraîche mais toujours deux mètres devant moi, je ne comprenais pas bien ce qu’elle me disait.
Elle cherchait une bio de Saint-Ex. Je me suis dit que moi aussi j’en voulais une, que celle de Platini m’irait très bien. Lorsqu’elle fut prête à partir, elle vint poser sa main sur mon épaule. J’étais accroupi. Était-ce parce que c’était la première fois qu’une fille me touchait comme ça ou que j’étais perdu dans la répétition d’une phrase du genre « Sacha Guitry sait-il qui est Satyajit Ray et Satyajit Ray Sacha Guitry ? » en tous cas, je faillis tomber à la renverse. Dehors, elle avait une voix fraîche mais je dus l’interrompre pour l’inviter à prendre un verre.
Un mec de ma classe entra dans le bar et vint directement devant notre table. Il parla tout de suite de notre cours de maths et de l’interro. Je m’en débarrassais rapidement. Elle me dit qu’elle le détestait, et je lui souris pour avoir dit ça. Quand elle était petite, sa grand-mère l’appelait Caillotte et le faisait encore quelques fois maintenant. « Caillotte », j’ai dit alors, comme ça, et simplement ça. Cette fois, c’est elle qui m’a sourit. Elle n’avait que deux ans de plus que moi, et alors qu’elle faisait la même chose, de sa voix fraîche elle s’est mise à me gronder gentiment parce que je séchais les cours.

La vie parfois

POUR CELESTINE ET EEGUAB ( CLAUDE )

Comme Lhasa
Comme sa voix
Comme la poésie
L’espièglerie

La vie parfois
La vie comme elle est parfois

Comme le visage radieux du roi dans son aéroplane
Comme la route sous les toits de grandes caravanes
Comme les écrits de Brautigan
Comme le Saskatchewan

Comme un nectar de lune si doux et froid à l’ombre des platanes
Comme l’enfance en Toscane

La vie parfois
La vie comme elle est parfois

La vie parfois
Comme elle est parfois
Parfum parfaite parfois
Parfaite parfum parfois …
Comme elle est parfois
Comme elle est …
Comme elle est …
La vie parfois

Le bout du doigt

Sur son annulaire
Il m’a semblé hier
Chanson populaire

Je n’ai rien dans les mains
Je n’ai rien dans les poches
Serais-je encore là demain
Les mains dans les poches ?

Elle sait sur le bout du doigt
Les chansons de Claude François

Et j’veux aujourd’hui
Faire revenir oh oui
Ce qui est parti

Je n’ai rien dans les mains
Je n’ai rien dans les poches
Serais-je encore là demain
Les mains dans les poches ?

Dame à sa toilette

Dame à sa toilette, un leurre, chante en bouvreuil
Moi, je cueille dans les fleurs les premiers écureuils
« Oh mais, je vous demande bien pardon, ma mièvre
C’est qu’il y avait ce papillon sur votre lèvre
Je remets les mains dans le dos, petite inquiète
Vous pouvez, voilà, retourner à votre toilette »

« Monseigneur, que voyez-vous de votre grand balcon ?
N’est-ce que femmes au flacon ou la révolution ?
Je connais son courroux, sachez qu’elle est experte
Dans la sagesse des fous, pour se payer votre tête
Jamais je ne donnerai les noms qu’elle vous prête
Lorsqu’elle se sent écoutée toute à sa toilette

Mais mince ! que n’entendez-vous derrière la maison
Ces bruits déjà, de magnifiques résolutions !
Demain ou dans quelques jours, à moins que ce soir ?
Des esprits décidés tourneront les poignards
Je vous le dis, je n’condamnerais votre défaite
Que si elle a gêné la dame à sa toilette »

Sous le plus grand chapiteau du monde

« Mon scénar’ traîne par terre
Pas d’la faute à Rohmer
Pas loin de ce caniveau
Pas d’la faute à Truffaut »

David Lynch dans la cour intérieure
Le hall, les escaliers pour Kubrick
Lorsque Huston finirait au portique
Un peu d’humeur à la Billy Wilder
Kusturica occuperait les sous-sols
Woody voudrait un plan-séquence
Bergman une nouvelle fois le silence
S’annoncerait une fin à la Chabrol

Bien sûr, on n’aurait pas tout le monde
Sous le plus grand chapiteau du monde
Antonioni parti à L’avventura
Imamura vers sa Narayama
Welles joue aux dames à Shanghaï
Et Kurosawa compte ses samouraïs

« Mon scénar’ traîne par terre
Pas d’la faute à Rohmer
Pas loin de ce caniveau
Pas d’la faute à Truffaut »

Il n’y a pas de voleur, aucun brigand
Aucun mouvement sur ces écrans
C’est le crépuscule sur mon boulevard
Il n’y a pas vraiment d’histoire
Si ce n’est celle de cette cigarette
Celle du magazine que je feuillette

Un playboy tombe, si on le jette
Qu’est-ce que t’en penses, Scarlett ?



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