La Drouille

J’ai freiné soudain parce que j’ai vu que le portail était ouvert. Après m’être une nouvelle fois demandé pourquoi la municipalité avait mis un portail ici, j’ai jeté un œil dans le rétro et comme il n’y avait personne qui me suivait, j’ai reculé. Je suis entré. Fenêtre ouverte, radio à fond, au ralenti. Le vrai crâneur.
Je me suis arrêté en plein milieu. Je suis descendu de ma voiture pour aller m’appuyer sur son capot. J’ai regardé un moment, mais après quelques secondes, j’ai décidé que je le ferais mieux avec une cigarette et je suis revenu en prendre une dans mon paquet à l’intérieur.
Dans le fond en face de moi, les herbes étaient très hautes, ça signifiait que les gens ne devaient pas y aller souvent. Que peu de gens venaient ici tout simplement.
Tout à coup, un rayon de soleil a illuminé tout le terrain à l’exception de la partie à côté du stand et les sapins. J’ai fait descendre mes lunettes sur mes yeux. Je suis allé finir ma cigarette à la petite cabane.
Je suis revenu à côté de ma voiture et je voulais allumer une autre clope mais finalement j’ai changé d’idée et je suis resté un moment, les ramassant, à balancer un peu n’importe où des vieilles cartouches de ball-trap.

En général, il était dans les huit heures-huit heures et demie lorsqu’on arrivait. On posait nos vélos et nos mobs sous le stand et le plus courageux commençait dans les buts. On utilisait celui le plus proche de l’entrée parce que là, c’était plus facile d’aller récupérer les ballons quand ils partaient dans le bois. Quelques fois, on se contentait de jouer comme ça des balles avec un gars dans les buts mais le plus souvent, on faisait un match en mettant des vêtements sur le sol afin de faire un terrain plus réduit, parce que jouer sur la totalité n’était pas vraiment passionnant à sept.
Gérard le cantonnier venait en voiture. C’était le meilleur de nous, il avait joué dans un club là où il avait vécu avant. Il amenait son beau-frère avec lui. Jean-Michel était bizarre. Et bizarre aussi sa façon de jouer au foot. Il donnait des coups de pied un peu où il pouvait, des fois ça touchait le ballon mais le plus souvent les tibias et les chevilles. Bien sûr, ça ne l’empêchait pas d’avoir de la chance – une vraie chance de cocu même !
Fabien et moi, on venait en mob parce qu’on habitait un village à cinq ou six bornes, les deux Philippe et Bruno en vélo – ils étaient du bourg en bas. Le plus jeune des Philippe, c’était le mec qui suivait les championnats de foot et il était vraiment incollable sur le sujet, prenait tout ça très au sérieux. Tout comme moi, d’ailleurs.
J’ai fait partie d’un club quelques temps plus tard et je peux vous dire que je me foutais de nos résultats comme de ma première chemise, qu’on gagne ou qu’on perde peu m’importait mais là, à la Drouille, avec mes potes, c’était tout autre chose.

On jouait jusqu’à ce qu’on n’y voit plus rien. C’était l’été, alors tout allait bien. On pouvait rester jusqu’à dix heures et demie ou onze heures et puis de toute façon, pour tous à part Gérard, c’étaient les vacances.

Cette fois-là, on faisait un match. J’ai attaqué Fabien. La balle a eu un faux rebond, peut-être sur une cartouche de ball-trap. Avec ça, il a dû s’emmêler un peu les pinceaux et ça m’a permis de récupérer le ballon. Je ne dirais pas que j’en ai encore la sensation – ce serait peut-être exagéré – mais vous pouvez venir maintenant, là où je suis, et je vous montrerais exactement l’endroit d’où j’ai tiré ainsi que la trajectoire que la balle a pris ce jour-là, où je suis sûr d’être rentré chez moi avec le sourire, parce qu’après un contrôle et m’être monté le ballon, je l’ai repris de volée sans réfléchir et qu’il a bien voulu aller se loger en pleine lucarne.

2 commentaires à “La Drouille”


  1. 0 Célestine 12 jan 2016 à 19 h 16 min

    Tu nous dis là un beau souvenir de jeunesse. Cela valait la peine d’attendre, je ne suis pas déçue. C’est fort et dur et tendre comme l’adolescence.
    Bises célestes
    ¸¸.•*¨*• ☆

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  2. 1 villaseurat 13 jan 2016 à 20 h 14 min

    J’ai essayé d’évoquer des choses qui se sont envolées. Des copains, l’adolescence et avec elle, ma passion pour le football. Merci de ton commentaire, Celestine. Bises.

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