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Archives pour janvier 2016

La plus belle fille du monde

J’ai croisé aujourd’hui
La plus belle fille du monde
La plus belle des filles du monde

Décidé, j’allais vers nulle part
C’est dire si c’était par hasard
Et non, il n’y a pas d’histoire

Ses mains sont les plus belles
Sa démarche la plus belle
Ses jambes sont les plus belles

Son visage le plus beau
Ses yeux sont les plus beaux
Et ça rend bien sûr son regard
Le plus beau de tous les regards

Sa bouche la plus belle
Ses lèvres sont les plus belles
Et ça rend bien sûr ses mots
Les plus beaux de tous les mots

J’ai croisé aujourd’hui
La plus belle fille du monde
La plus belle des filles du monde

Je portais un livre que j’avais lu
Un instant peut-être, elle a voulu
Engager la discussion là-dessus

J’ai croisé aujourd’hui
La plus belle fille du monde
La plus belle des filles du monde
Et je jure que c’est elle qui a dit :
« Tiens, comme le monde est petit ! »

La fille du Docteur Platon

Elle a
Besoin d’un compas
Je suis là
J’ai un compas
Mais jamais elle ne saura

Elle a
Pour sa cigarette
Besoin de deux doigts
Et là
Pour sa cigarette
J’ai bien deux doigts
Mais jamais elle ne saura

Non jamais elle ne saura
Ce qu’elle et tout ça
Peuvent signifier pour moi

Je suis amoureux de la fille du Docteur Platon
Oh Dieu et pauvre de moi et pauvre con
Je suis amoureux de la fille du Docteur Platon
Mais que vais-je faire ? C’est sans solution

Son père est venu dans ma maison
Son père une fois est venu chez moi
Mais jamais elle ne saura pourquoi
Jamais ne saura à quelle occasion

Je suis amoureux de la fille du Docteur Platon
Oh Dieu et pauvre de moi et pauvre con
Je suis amoureux de la fille du Docteur Platon
Que vais-je faire de ce trop d’ambition ?
Mais que vais-je faire ? C’est sans solution
Je suis amoureux de la fille du Docteur Platon

Thomas Taffetas

J’en ai assez de ramper à tes pieds
Cachant mes élytres, mon ventre bombé
Assez aussi de remuer en tous sens
Mes pattes pour feindre la vaillance

Peux-tu fermer la porte derrière toi ?

J’ai voulu refaire le décor à l’envers
Me métamorphoser pour te plaire
Mais j’ai repris les mêmes chemins
Pour venir pourrir dans tes bras

Peux-tu fermer la porte derrière moi ?

Mais j’ai repris les mêmes chemins
Ma carapace me fait un mal de chien

Veux-tu fermer la porte derrière moi ?

Sans titre

Crois-tu qu’il reste un train ce soir ?
Et si oui, dois-je le prendre ?
Crois-tu qu’il existe une mémoire
Où ton cœur puisse se prendre ?
Ai-je mérité
D’être ensorcelé ?
Encore seul et …
Pourquoi ne vais-je pas dehors ?
Comment saurais-je ce qu’il y a ?
Pourquoi dois-je cracher le sang
Et est-ce que cela suffira ?
Ai-je mérité
D’être ensorcelé ?
Encore seul et …
Pourquoi était-ce comme si j’étais mort
Et pourquoi ne l’étais-je pas ?
Pourquoi est-ce comme si j’étais vivant
Et pourquoi ne le suis-je pas ?
Ai-je mérité
D’être encore seul et …
D’être ensorcelé ?
Ai-je mérité
D’être ensorcelé ?

Rapports d’autopsie

Foies, rates
Trachées, prostates
Endocardes
Myocardes
Péricardes
Moelles épinières
Veines jugulaires
Je relis mes rapports d’autopsie
Je relis mes rapports d’autopsie
Artères coronaires
Vésicules biliaires
Estomacs, viscères
Follicules
Testicules
Je relis mes rapports d’autopsie
Je relis mes rapports d’autopsie
Et c’est jambon-beurre aujourd’hui

Langue, abdomen
Sang et veines
Couperose et calvitie
Je relis mes rapports d’autopsie
Je relis mes rapports d’autopsie

Ma petite idée

Ah manger dans la porcelaine
Change en rien votre haleine
Mais pourquoi faites-vous ça ?
Ni à la Motte ni à l’Aine
Il n’y a de place pour moi

Je décide de faire une ronde
Et le bonjour à tout le monde
Mais d’la baise qu’ils répondent !
Pourquoi j’y ai pas pensé plus tôt ?
Quel con, c’est Bernardaud !

Le mal en patience
C’est pas plus difficile que ça
Le mal en patience
C’est pas plus difficile que ça
Pas plus compliqué
Que ça

Le moine prie pour la lumière
A une fenêtre Rue Baudelaire
L’heure des vêpres comme hier
Cette liturgie n’est pas catholique
Je dirai péri-pathétique

Le mal en patience
C’est pas plus difficile que ça
Le mal en patience
C’est pas plus difficile que ça
Pas plus compliqué
Que ça

Oh mais attends ! Attendez !
Vous voyez pas la publicité ?
Pour le slogan, ma petite idée
Le slogan, j’ai ma petite idée

Où est Valérie ?

Le matin, une demi-heure avant d’aller en cours, on a frappé. Comme j’étais devant le lavabo à côté de la porte, j’ai ouvert tout de suite. C’était Véronique. J’étais surpris, c’était la première fois qu’elle venait. J’aurais même parié qu’elle ne savait pas précisément où j’habitais.
Valérie n’est pas là ? a-t-elle demandé.
Euh, non.
Tu sais pas où elle est ?
Elle est pas chez elle ?
Non, j’ai frappé, ça répond pas.
Alors je sais pas où elle est.
Bon, excuse-moi alors, a-t-elle fait, partant déjà.
A tout à l’heure en amphi ?
Ouais.
Je me suis remis à ce que je faisais, mais cette fois en pensant à quelque chose. Quelle idée de venir chez moi pour y chercher Valérie ? Juste après avoir fait chou blanc à la porte de sa chambre, pourquoi sa meilleure copine vient directement frapper à la mienne ? Si elle n’est pas chez elle, pourquoi serait-elle ici ?
En me posant toutes ces questions qui se résumaient en fait à une seule, il me semblait que j’avais la réponse et qu’elle servait aussi pour la question que je me posais depuis quelques semaines. Et franchement, c’était la plus belle des réponses !

Sans transition

Sur l’écran en face défilent des images. Sur la table basse, il y a mon whisky et juste à côté, son verre de Coca. Elle est assise à côté de moi, sa cuisse contre la mienne.
Ah oui, fait-elle, il y avait ça cet après-midi. J’en ai pleuré.
Je jette le même œil étonné sur son profil qu’immédiatement après sur la télé.
Mon Dieu, ajoute-t-elle, c’était bien émouvant.
On voit des militaires au garde à vous dans une cour. Face à eux, le président de la République. Je ne fais aucun commentaire.
Non, fait-elle, c’est pas là.
Nous continuons, et je continue donc à regarder l’écran, attendant qu’apparaissent les images qui ont fait pleurer cette fille tout à l’heure, alors qu’elle était sans doute là, à cette même place, peut-être avec un Coca devant elle comme c’est le cas maintenant, venant de retourner chercher un verre dans la cuisine comme elle vient de le faire, faisant une petite pause canapé au milieu de son après-midi.
Je suis vite déçu car ces images sont remplacées par celles d’un autre reportage. Sans transition. Je ne saurai donc pas précisément ce qui a fait pleurer cette fille. Elle, elle ne semble pas vouloir m’aider. Elle regarde quelques secondes le nouveau sujet, ne tarde pas à se lever.
Je bois une gorgée de mon whisky. Je la cherche, la trouve, la perd puis la retrouve par l’ouverture entre le salon où je suis et la cuisine où elle est.
Quand elle réapparaît dans l’encadrement de la porte, je lui souris.
Viens là, lui dis-je, en tapotant le canapé à côté de ma cuisse.
Je crois que c’est ce qu’elle avait de toute façon l’intention de faire.

Coffres

Une fille sort de la voiture blanche par la portière passager. Châtain clair, les cheveux bouclés. Il fait frais cet après-midi, elle porte un manteau long et y glisse tout de suite la main gauche dans une des poches. Elle se penche, puis se relève.
Le garçon qui était assis sur la banquette arrière s’extrait de la voiture. Il est grand, brun, porte lui aussi un manteau. Il s’écarte légèrement et dit quelque chose à la fille. Celle-ci semble rire à ça pendant qu’elle rabat le siège pour s’y rasseoir. Elle ferme la portière et le garçon s’éloigne. En passant près du coffre de la voiture, il l’ouvre mais ne regarde pas dedans et va tout de suite rejoindre la voiture grise garée sur la place à côté, qu’il déverrouille et dans laquelle il monte.
La conductrice – elle, brune aux cheveux courts – sort et va fermer le coffre de sa voiture, puis dans le même élan, ouvrir celui de la voiture du garçon. Elle revient ensuite en courant derrière son volant.
Très calme, le garçon redescend de son véhicule et va fermer son coffre, puis il remonte en voiture. Quelques secondes plus tard, la voiture grise fait marche arrière, puis avançant lentement, s’arrête tout près de l’arrière de la voiture blanche. En se penchant par sa fenêtre ouverte, le garçon ouvre le coffre de la voiture des filles.
La conductrice descend à nouveau en courant et se dirige vers le coffre de la voiture du garçon, elle essaie de l’ouvrir mais n’y parvient pas. Elle s’approche alors de la portière conducteur et dit quelque chose en riant. Finalement, elle se retourne, ferme son coffre et s’éloigne vers son volant, en faisant un signe de la main en direction de la voiture grise, qui déjà s’est mise en mouvement.
La voiture grise sort du parking. La voiture blanche fait marche arrière et la suit. Elle sort du parking à son tour et les deux voitures ne tardent pas à disparaître.

La Drouille

J’ai freiné soudain parce que j’ai vu que le portail était ouvert. Après m’être une nouvelle fois demandé pourquoi la municipalité avait mis un portail ici, j’ai jeté un œil dans le rétro et comme il n’y avait personne qui me suivait, j’ai reculé. Je suis entré. Fenêtre ouverte, radio à fond, au ralenti. Le vrai crâneur.
Je me suis arrêté en plein milieu. Je suis descendu de ma voiture pour aller m’appuyer sur son capot. J’ai regardé un moment, mais après quelques secondes, j’ai décidé que je le ferais mieux avec une cigarette et je suis revenu en prendre une dans mon paquet à l’intérieur.
Dans le fond en face de moi, les herbes étaient très hautes, ça signifiait que les gens ne devaient pas y aller souvent. Que peu de gens venaient ici tout simplement.
Tout à coup, un rayon de soleil a illuminé tout le terrain à l’exception de la partie à côté du stand et les sapins. J’ai fait descendre mes lunettes sur mes yeux. Je suis allé finir ma cigarette à la petite cabane.
Je suis revenu à côté de ma voiture et je voulais allumer une autre clope mais finalement j’ai changé d’idée et je suis resté un moment, les ramassant, à balancer un peu n’importe où des vieilles cartouches de ball-trap.

En général, il était dans les huit heures-huit heures et demie lorsqu’on arrivait. On posait nos vélos et nos mobs sous le stand et le plus courageux commençait dans les buts. On utilisait celui le plus proche de l’entrée parce que là, c’était plus facile d’aller récupérer les ballons quand ils partaient dans le bois. Quelques fois, on se contentait de jouer comme ça des balles avec un gars dans les buts mais le plus souvent, on faisait un match en mettant des vêtements sur le sol afin de faire un terrain plus réduit, parce que jouer sur la totalité n’était pas vraiment passionnant à sept.
Gérard le cantonnier venait en voiture. C’était le meilleur de nous, il avait joué dans un club là où il avait vécu avant. Il amenait son beau-frère avec lui. Jean-Michel était bizarre. Et bizarre aussi sa façon de jouer au foot. Il donnait des coups de pied un peu où il pouvait, des fois ça touchait le ballon mais le plus souvent les tibias et les chevilles. Bien sûr, ça ne l’empêchait pas d’avoir de la chance – une vraie chance de cocu même !
Fabien et moi, on venait en mob parce qu’on habitait un village à cinq ou six bornes, les deux Philippe et Bruno en vélo – ils étaient du bourg en bas. Le plus jeune des Philippe, c’était le mec qui suivait les championnats de foot et il était vraiment incollable sur le sujet, prenait tout ça très au sérieux. Tout comme moi, d’ailleurs.
J’ai fait partie d’un club quelques temps plus tard et je peux vous dire que je me foutais de nos résultats comme de ma première chemise, qu’on gagne ou qu’on perde peu m’importait mais là, à la Drouille, avec mes potes, c’était tout autre chose.

On jouait jusqu’à ce qu’on n’y voit plus rien. C’était l’été, alors tout allait bien. On pouvait rester jusqu’à dix heures et demie ou onze heures et puis de toute façon, pour tous à part Gérard, c’étaient les vacances.

Cette fois-là, on faisait un match. J’ai attaqué Fabien. La balle a eu un faux rebond, peut-être sur une cartouche de ball-trap. Avec ça, il a dû s’emmêler un peu les pinceaux et ça m’a permis de récupérer le ballon. Je ne dirais pas que j’en ai encore la sensation – ce serait peut-être exagéré – mais vous pouvez venir maintenant, là où je suis, et je vous montrerais exactement l’endroit d’où j’ai tiré ainsi que la trajectoire que la balle a pris ce jour-là, où je suis sûr d’être rentré chez moi avec le sourire, parce qu’après un contrôle et m’être monté le ballon, je l’ai repris de volée sans réfléchir et qu’il a bien voulu aller se loger en pleine lucarne.



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