Assurance-vie

Martin tenait absolument à se rendre chez le coiffeur ce jour-là. Et comme il tenait absolument à se laver les cheveux avant – alors que c’était complètement idiot – il était dans la salle de bains.
Anne n’avait rien dit mais c’était clair qu’elle avait pris rendez-vous avant. Il arrêta de s’essuyer les cheveux à partir du moment où il entendit la sonnette jusqu’à celui où la fille se présenta et rentra dans le salon. Il resta dix bonnes minutes à faire semblant de se pomponner pour pouvoir les écouter. La nana venait proposer à Anne une assurance-vie et elle ne mit pas longtemps à rentrer dans le vif du sujet. Avant de sortir, il alla devant le WC, mais en y réfléchissant, il se dit qu’il était préférable de ne pas révéler sa présence à l’inconnue en faisant retentir la chasse d’eau.
Elle fut surprise quand elle le vit, surprise qu’il y ait quelqu’un d’autre dans l’appartement – il n’avait fait aucun bruit. Martin fut surpris lui aussi, mais pour la raison toute bête qu’il avait devant lui une grande fille brune pas très jolie. Et qu’il avait misé sur exactement tout le contraire au son de sa voix.
Il s’assit sur la chaise inoccupée pendant qu’Anne amenait le café qu’elle venait de proposer. La fille recommença à son intention son speech depuis le début. Martin voulut lui dire que ce n’était pas la peine, que de la salle de bains, il avait tout saisi, mais n’osa pas.
L’affaire se conclut rapidement et Martin entrevit ce qui se tramait, quelque chose d’évident, qu’il aurait dû voir depuis longtemps déjà. Cela faisait maintenant presque deux ans qu’il partageait la vie d’Anne et ce n’est que lorsque celle-ci dit à la fille que c’était lui, Martin, le bénéficiaire de son assurance-vie, qu’il commença à l’entrevoir.
La nana se mit à plaisanter. Elle dit à Martin qu’au cas où il pousserait Anne dans l’escalier, il ne pourrait pas récupérer l’argent. Il fit comme Anne : il se força à rire à ça.
Et ce furent leurs rires qui réveillèrent le chat qui jusqu’alors avait dormi sur le canapé. Et la conversation embraya sur lui.
Quelques instants plus tard, Martin était dans la rue et il se dit qu’il pourrait bien quitter Anne. Et même si cette pensée persistait encore quand le coiffeur lui tâtait la tête, elle ne fit pas de vieux os. Elle était vraiment, mais vraiment idiote.

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