Archives pour août 2015

L’homme entre deux âges

Pans de murs écroulés
Ce sont comme autant
De maisons éparpillées
Ce sont comme autant
De vies de voix envolées
De rires et de baisers
De beaux rêves évaporés
Et il se peut
Que parmi eux
Les yeux bleus
Il y ait celui
Que chérit
Un homme entre deux âges
D’une tristesse de nuage

La Rochelle

Tous les badauds de ce triste trottoir
La brume voilant là-bas Fort Boyard
J’espère que tu t’entendras avec le hasard
Le même homme, les souvenirs s’entêtent
Le premier étage, la même vieille fenêtre

Je t’aime
Tu sais que je t’aime

Comme le jour où tu m’as rencontré
J’espère que tu t’entendras avec le hasard
Comme je sais que tu l’as toujours fait
Pour qu’ensemble ensemble vous fassiez
Que jamais plus je ne doive te revoir

Je t’aime
Tu sais que je t’aime
Et mon amour est petit comme le monde
Et mon amour est petit comme le monde

Aux Minimes, le clapotis le long du quai
Comme le jour où tu m’as rencontré
J’espère que tu t’entendras avec le hasard
Vois-tu moi, je n’ai pas ce pouvoir

La petite prairie dans la maison

Aujourd’hui ça va
Aujourd’hui me va

Je casse une croûte
Je l’invente pas
C’est sur la route
Celle des Peintres
Je rentre chez moi
J’ai fini les feintes
De Des Esseintes

Aujourd’hui ça va
Aujourd’hui me va
Le canevas de la vie
Le canevas de ma vie

Je me suis décidé
A traverser le pré
Celui des conséquences
Je vais souffler
A l’orée du bois
De son silence
Les mots qu’elle aimera

Aujourd’hui ça va
Aujourd’hui me va

Derrière tout ça
Je sais qu’il y a
Toujours le mystère
Je ne cherche pas
A l’élucider
Juste m’émerveiller
Aux bords de la rivière

Aujourd’hui ça va
Aujourd’hui me va
Le canevas de la vie
Le canevas de ma vie

Le souffle

Elle qui sort de l’eau
Sirène de ce royaume
Sourit comme l’oiseau
Dans la nuit d’arômes
Sel de lune sur ta peau
Mon cœur est soudain
Il est soudain si léger

J’sais les yeux tournés
De ces îles non loin
Vers l’étreinte jalousée
Nos corps de sable fin
Sel de lune sur ta peau
Mon coeur est soudain
Il est soudain si léger

Invisibles les poissons
Écaillent des chansons
Elle miroite de reflets
Et semble s’ébrouer
De tous ses secrets
Sel de lune sur ta peau
Mon cœur est soudain
Il est soudain si léger

Nous repartons dans l’heure
Comme des mômes
Ou des guerriers sans peur
Sel de lune sur ta peau
Même fantôme
Le souffle de nos chevaux

L’évidence

Si je suis quelqu’un d’autre
Je lis quelque bon roman
A l’ombre sur un banc
Si je suis quelqu’un d’autre
Elle me regarde en passant

Si j’avais été quelqu’un d’autre
J’aurais pris le premier train
Ou au premier coin de rue
J’aurais sans doute disparu
Si j’avais été quelqu’un d’autre
J’aurais été par quatre chemins

Mais il me faut l’admettre
Je me suis rendu à l’évidence
Je me suis rendu à l’évidence
Et il me faut l’admettre

Ce ciel-ci aussi indéniable
Si j’étais quelqu’un d’autre ?
Cette ville-si aussi insatiable
Si j’étais quelqu’un d’autre ?

Si mes rêves devenaient réalité
Je serais plongé dans le passé

Et il me faut l’admettre
Je me rends à l’évidence
Je me rends à l’évidence
Mais il me faut l’admettre

Béatrice comme le ciel

Béatrice, Béatrice
Comme le ciel est triste
Dans tes yeux aujourd’hui

Tu édictais pourtant les lois
Offrant ainsi au scélérat
De délicieux forfaits impunis
Présidais pourtant le tribunal
Décidant par instants au mal
Une petite porte de sortie

Un Roméo de pacotille
J’ai attendu sous ta fenêtre
Que tu me lances ta clé
Un Cyrano en guenilles
J’ai quêté ta silhouette
Posté dans une rue à côté

Béatrice, Béatrice
Comme le ciel est triste
Dans tes yeux aujourd’hui

Je croyais au fil invisible qu’il y avait entre nous
Il semble que tu en aies fait une pelote pour ton chat
Il semble aussi que mon prénom t’inspire du dégoût
Moi qui le voyais charmant dans tes éclats de voix

Béatrice, Béatrice
Comme le ciel est triste
Dans tes yeux aujourd’hui
Les souvenirs de nos jeux
Bien sûr le seront aussi
Béatrice, Béatrice
Comme le ciel est triste
Dans tes yeux aujourd’hui

Vache écornée, lézard, coquille d’escargot

Un lézard lézarde entre les pierres du muret et s’arrête sur la plus élevée. J’ai une pince entre les mains et je l’agite pour le chasser. Mon petit cousin regarde le lézard disparaître et se tourne vers moi. Il porte un pantalon avec plein de poches, un polo bien rouge avec des inscriptions en anglais et une casquette de la même couleur et j’imagine qu’il doit se poser des questions sur moi.
Son père et ma mère sont là-bas à quelques mètres du troupeau regroupé sous le vieux tilleul, les mains sur leur bâton respectif, estimant la situation. Le petit est à peine plus grand que le muret.
Tu les vois là-bas ?
Il regarde dans la direction du troupeau et ne répond pas.

Mon cousin a garé sa voiture au pignon et en est descendu, nous disant qu’il venait voir une vache qui s’était cassé une corne. Son frère s’en était aperçu ce matin en venant remplir les bacs d’eau, il venait donc voir de ses propres yeux ce qu’il en était. Son fils était avec lui, on l’apercevait malgré Oui-Oui et son pare-soleil. Ma mère s’est alors armé d’un bâton et je suis resté avec mon petit cousin et du bord de la route, on les a suivi des yeux.

Tu le vois là-bas, ton papa ?
Oui, je le vois, il est là-bas à côté des vaches. Oh le beau caillou, il est beau ce caillou, il est bien beau ce caillou, dit-il sans transition après quelques secondes de silence, et il fait un pas vers la taupinière au sommet de laquelle trône ce caillou comme la cerise sur le gâteau.
Personnellement, je juge ce caillou totalement banal mais lui, pour une raison qui m’échappe, le trouve joli. D’ailleurs, il le prend dans sa petite main et se met à l’examiner.
Il irait bien à mon petit pont, déclare-t-il à la fin de ce rapide examen.

Je regarde un moment dans la direction du tilleul. Ils ne semblent pas vouloir revenir. Je me dis qu’ils auraient pu examiner en détail un troupeau de cent têtes durant tout le temps qu’ils ont déjà passé là-bas.
Mon petit cousin, lui, ne semble jamais perdre son temps. Peut-être a-t-il fait pendant que je ne regardais pas une expertise plus minutieuse du fameux caillou et juger qu’il n’était pas si beau que ça tout compte fait. Il l’a donc jeté un peu plus loin. Et maintenant, c’est sur une coquille d’escargot qu’il a décidé de jeter son dévolu.
Oh, un escargot, fait-il, l’escargot, il est dans sa coquille.
Oui, c’est vrai, je lui réponds. Tu as raison. Mais en regardant mieux cette coquille, il ne me semble pas y avoir quoi que soit à l’intérieur.
Ce n’est pas grave pour lui. Il avance son petit index et la touche. Alors, il faut faire comme ça, dit-il, mettant son doigt au centre de la coquille, faire un rond, et il fait un rond avec son doigt sur le centre de la coquille, et après, il faut tourner comme ça, et c’est ce qu’il fait, suivant la spirale et finissant à un moment par en sortir.
S’il abandonne le sujet, moi pas. Qu’y avait-il dans la coquille juste avant qu’il n’y ait plus rien ? L’escargot est-il sorti de sa coquille pour mourir ou bien, est-il mort dedans ? Que reste t-il, dans ce cas-là, tout au fond ?

Si c’est le même, notre ami le lézard réapparaît.
Oh, le lézard, dit-il.
Je chasse la bestiole en agitant ma pince et il la regarde disparaître.
Les lézards, c’est pas bon à manger.
Non, c’est vrai.
C’est Boule-de-neige qui en mange.
Alors que je me demande qui est Boule-de-neige, il poursuit :
Quand on mange des lézards, ils passent par là, et il montre sa bouche avec son index, et après, ils passent par là, et il montre sa gorge, et après ils vont dans le ventre, et il montre lentement tout le trajet jusqu’à son estomac, et après quand ils sont dans le ventre, ça fait grossir.

Il y a une fille

Il y a une fille
Il y a une fille

Je note ses robes, note les couleurs
Compte ses sorties, compte ses heures
Elle passe tous les jours devant ma fenêtre
Il y a une fille que j’aimerais connaître

Il arrive qu’elle me jette un regard
Seulement quand ses yeux s’égarent
Et je me fais tous ces films pour la sauver
Il y a une fille que j’aimerais charmer

Il y a une fille
Il y a une fille
La pluie le beau temps dans ma maison
La pluie le beau temps dans ma maison
Il y a une fille
Il y a une fille

Oh, si tu savais …
Oui, si tu savais …

Ce n’est qu’une vieille chanson …

Mademoiselle

Mademoiselle prend les yeux qu’elle veut
Mademoiselle a les yeux qu’elle veut

Je ne suis plus qu’un héros mort
Vivant à la chaleur de son feu
Oui à la chaleur de son corps
Qui ne fait que jouer le jeu
Qui la coiffe de cheveux d’or

Cela ne sert à rien de craindre le pire
Mademoiselle a son heure pour partir

Je ne suis plus qu’un héros mort
Qui la coiffe de cheveux d’or
La coiffe de cheveux d’or

Mademoiselle est belle comme l’avenir
Mais comme celui qu’elle veut définir
Mademoiselle, belle comme son avenir
Mademoiselle a son heure pour partir

Les orties

C’est comme avec le vieux moulin à café de ma mère dans lequel je mettais des grains et puis je tournais la manivelle dans le sens des aiguilles d’une montre, et quand ça forçait trop, je donnais quelques petits coups dans l’autre sens pour continuer plus facilement dans le même. C’est comme avec mon cousin, quand il venait passer la journée chez moi ou que j’allais passer la journée chez lui, et qu’on jouait ensemble, ou comme avec mon autre cousin, celui de Paris, qu’une fois, j’ai bien failli battre à la course à pied mais que je battais régulièrement dans nos régates de bouts de bois sur la rivière en bas, celui avec qui j’ai découvert qu’une poule peut pondre une douzaine d’œufs en une seule journée, si toutefois, on lui laisse le temps pour ça. C’est comme avec cette partie de pêche avec mon père où j’avais trouvé le moyen de n’apporter qu’une moitié de ligne, c’est comme avec mon grand-père, avec ses sabots et ses cigarettes roulées quand il revenait des champs à midi pour manger, c’est comme avec ma mère, quand on allait en ville pour que je prenne des leçons de natation, et si elle considérait que j’avais progressé, j’avais droit à une récompense, sans exception, sous la forme d’un magazine sur le football. C’est comme avec ces putains d’orties dans la cour derrière la maison qui me piquaient les guiboles chaque été, c’est comme avec ces mêmes orties que ma mère arrachait à pleines mains et qui ne lui faisaient rien, disait-elle. C’est comme avec ce jour, je devais avoir entre vingt et vingt-cinq ans, où j’ai remis la main sur le cahier où j’avais recopié les chansons que ma grand-mère m’apprenait quand j’étais gosse, et sur lequel, ce matin, je viens encore une fois de retomber.

1234


Surlesbordsdunjournal |
Nouvelles pleines d'es... |
9757169781 Thought Elevator... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Boulgom en 100 mots
| Pouvoir écrire la vie
| Nouvellesetseries