Archives pour juin 2015

La maison dissimulée

Douce à l’oreille arrivait
La rivière en contrebas
J’allais prudent soulevait
La frêle étoffe devant moi
J’ai rêvé l’été
Dans la maison dissimulée
Rêvé mon avenir comme mon passé

Fermés les yeux sur l’eau
Le monde était différent
Comme il était chantant
Comme serait un oiseau
J’ai rêvé l’été
Dans la maison dissimulée
Rêvé mon avenir comme mon passé

Et puis je me suis vu
C’est là tout s’est perdu
Ne savais plus qui j’étais
Seulement que je courais
J’avais rêvé l’été
Dans la maison dissimulée
Rêvé mon avenir comme mon passé

J’ai rêvé l’été
Dans la maison dissimulée
La rivière en contrebas
La frêle étoffe devant moi

Spiderman !

Spiderman !
Piderman ?
Spiderman !
Biderman ?
SPIDERMAN !
Piderman ?
SPIDERMAN !
Miderman ?
SPIDERMAN !
Siderman ?
SPIDERMAN !
Siderman ?
SPI-DER-MAN ! SPIDERMAN !
C’est Spi-derman, en fait, dit calmement le père, qui se décide à venir au secours de son père et de son fils.
Comment ? Piderman ?
SPIDERMAN ! fait encore l’enfant.
Non. Spiderman.
Spiderman ?
Oui, c’est ça.
Spiderman, d’accord.
Oui ! Spiderman ! confirme l’enfant qui recommence à jouer avec sa figurine.

Lecoq Guy

Conseil …
Oui, c’est ça !
Bonjour …
Oui effectivement, je m’appelle Lecoq Guy.
Bonjour Monsieur.
Je vous appelle pour vous dire que je débarrasse le plancher.
Euh … pardon ?
Je m’en vais, oui, ça va pas mettre longtemps !
Vous … ?
Dès lundi ! Je serai parti !
Monsieur …
Parce qu’il y en a qui m’ont dit « Dégage ! » Alors je dégage !
Monsieur, à qui souhaitez-vous … ?
Mais je ne serai pas bien loin … en Europe …
Mais …
Oui, lundi je serai parti, ça va pas traîner …
Monsieur ?
Voilà !
Excusez-moi mais …

Carcassonne

Avignon.
Non.
Avignon.
Non.
Quelle raison ?
Personnelle.
Je vous rappelle.

Bob Dylan ( Time out of mind ), Lisa Germano ( Happiness ), The Grateful Dead ( Aoxomoxoa ), Janis Joplin ( Pearl ), James McMurtry, deux albums ( Too long in the wasteland et Where did you hide the body ? ), Pink Floyd ( Wish you were here), Popa Chubby ( Booty and the beast ) et Neil Young ( Rust never sleeps), voilà ce qu’il avait écouté pendant le trajet.
Il pénétra dans la ville et la traversa entièrement. Quand il en ressortit, il tomba sur un hôtel de sa chaîne habituelle et y prit une chambre. Il n’y resta qu’un petit quart d’heure, le temps de déposer ses affaires.
Il descendit son vélo de sa voiture, l’enfourcha et se laissa glisser doucement vers le centre-ville. Il se balada au hasard des rues jusqu’à ce que la nuit le saisisse. Il était vingt-deux heures trente quand il rentra. Plusieurs fois, il s’était surpris à siffloter. Il prit une douche, regarda la télé une petite heure et s’endormit.
Le lendemain, il continua. Après avoir déjeuné en ville, il passa l’après-midi principalement à la cité médiévale. En début de soirée, il acheta un bracelet à l’entrée. Ce fut la vendeuse qui le lui attacha et à cette occasion, ils échangèrent un sourire. Il rentra à son hôtel plus tôt que la veille, regarda la télé plus longtemps. Il avait repéré l’adresse dans la journée.
L’avant-dernier jour, il se dit que ce serait une bonne idée de quitter Carcassonne. Il partit donc. Sans destination précise. A un moment, il prit la décision de rouler comme ça jusqu’à ce qu’il ne puisse plus aller plus loin, et c’est de cette manière qu’il atterrit à Narbonne Plage.
Il se gara et alla marcher sur le sable. Il slaloma entre les gens, les couples et leurs enfants. Finalement, il revînt à sa voiture et sortit son vélo. Il fit comme ça des allers-retours sur la promenade. Mais ça ne dura pas longtemps. Il n’en put soudain plus. C’était en quelque sorte comme si tout ce « vide » autour de lui voulait absolument changer de nom et se faire appeler désormais « absence ». Il repartit aussitôt.
La nuit, s’il rêva, il ne se souvînt de rien à son réveil. Il rendit la clé de la chambre aux alentours de neuf heures. Il se dit qu’il était préférable de ne pas prendre de petit-déjeuner.
Il s’arrêta dans une librairie et acheta un plan de la ville. Il le rangea dans la poche avant de son sac à dos. Alors qu’il était resté trois jours à Carcassonne, il fit ce pourquoi il y était venu juste avant d’en partir.
Sur le trajet du retour, il écouta exactement les mêmes disques qu’à l’aller, finissant bien sûr par l’Aoxomoxoa du Grateful Dead.

Publicité

Sur mon bureau, un magazine ouvert, arrêté sur une page de publicité.
Immobiles et muets comme je le suis, un homme et une femme sont debout en face de moi. Ils attendent – et je suis condamné à attendre avec eux – que la personne que je viens de joindre au téléphone les récupère.
Sans arrêt, des gens passent dans le couloir. Tous, sans exception, jettent un oeil dans notre direction.
Je ne saurais dire ce qu’ils regardent en premier – le couple debout ou l’homme assis sur la chaise en face d’eux derrière son bureau. Qui accroche le regard ? Qu’est-ce qui saute aux yeux dans cette scène ?
Mais s’ils se posent la question du produit dont cette publicité est censée vanter les qualités ? … Aucun slogan, aucun logo ! Je souris, il faudra le leur révéler, ils ne trouveront jamais !

Sentier

En fin de compte, ça me revient.
La voiture qui était devant moi tout à l’heure a freiné brutalement pour s’engager sur un sentier de terre sur la gauche. Ce sentier-là, je l’ai pris moi aussi. Une fois – une seule. Il y a longtemps. Avec mon père.
Une petite trentaine de mètres et le sentier bifurque sur la droite, une autre cinquantaine et il s’élargit en une cour de graviers. On est alors devant la maison.

Je ne me souviens pas exactement quel âge j’avais, en quelle classe j’allais passer. Mais le gosse de la maison qui devait, selon toute logique, avoir un à deux ans de plus que moi, en paraissait beaucoup plus. C’est une des seules deux choses que je me rappelle à propos de ça.
Il nous vendait les livres de cours dont il n’avait plus l’utilité, et la deuxième chose, c’est que lorsqu’il me les a mis dans les bras, sous le magnifique soleil de juillet, dans sa cour de graviers, devant sa grande maison, sans nous avoir proposé de nous faire entrer, que mon père lui a donné l’argent qu’il en demandait, j’ai pensé qu’il n’en avait pas vraiment besoin.

Fenêtre sur cour

On a une femme qui fait les carreaux
Et un homme qui retire son polo
On écoute la musique très très fort
On va faire pisser le labrador
Puis on lance des regards de glace
Aux p’tits gosses du pavillon d’en face

Sans le plâtre
James Stewart
Mes journées qui passent
Et les journées passent

Voilà on a rempli un caddy
Mon Dieu c’est vrai on est samedi
Si t’es Espagnol, sors ton drapeau
On chasse un chat noir de son capot
On change le jaune pour le marron
Mais on se gare de la même façon

Sans le plâtre
James Stewart
Sans femme qui trépasse
Sans visite, sans grâce

On est sur les réseaux jusqu’à tard
Une fois son soutif, qui veut le voir ?
Verse un pichet dans la jardinière
Sur les bigoudis d’la ménagère
T’as une fille qui grandit à vue d’œil
Elle fait chauffer son lait toute seule

Sans le plâtre
James Stewart
Mes journées qui passent
Et les journées passent

J’ouvre le volet tous les matins
Vais l’après-midi chez mon voisin
Un jour le voisin n’ouvrira pas
Mon volet ne se lèvera pas

Sans le plâtre
James Stewart
Sans femme qui trépasse
Sans visite … de Grace

Sans le plâtre
James Stewart

Fête de la musique

Les deux filles à ma table parlent fort. Pourtant, je ne comprends pas un traître mot de ce qu’elles disent. J’ai taxé une cigarette au menthol à l’une d’elles. Je bois très régulièrement des gorgées à mon verre.
Une grande plume s’envole dans le ciel au-dessus du carrousel. Dans cette foule sourde et saoule, qui la remarquera avec moi ?

L’herbe coupée

Tom trouva son père dans le champ où celui-ci coupait de l’herbe. Le soleil qui traversait les arbres faisait une tache de lumière un peu plus loin derrière lui. Tom pensa à une île. Il pensa aussi que ces choses-là en général, quand on s’en aperçoit, c’est le moment qu’elles choisissent pour disparaître.
Un tas d’herbe mêlée de trèfle avait déjà été coupée. Tom la prit par brassées pour la déposer dans la brouette. Son père continuait lentement et régulièrement à donner de la faux. Lorsqu’il eut fini de ramasser, Tom alla sous l’un des pommiers. Son père s’arrêta et le regarda.
Qu’est-ce que tu viens faire ici, Thomas ?
Je viens t’aider.
Ta mère n’a pas besoin de toi ?
Non, elle n’a rien dit.
Tu as quelque chose à me dire, alors ?
Non, rien. Je ne vois rien du tout.
Tu en es sûr ? fit son père. Puis il reprit son travail.
Tom voulut s’asseoir, mais ne le fit pas. Il se dit que s’il l’avait fait, son père lui aurait dit : « Ne t’assieds pas à cet endroit, il pourrait y avoir des vipères. »
Tonton est là, tu sais.
Oui, je sais.
Il est là pour les foins.
Oui. Vous allez commencer demain.
Son père allait s’arrêter pour battre sa faux, mais après avoir jeté un coup d’œil à la brouette et à ce qu’il avait coupé à l’instant, il changea d’avis, jugeant qu’il y avait assez d’herbe pour quelques jours. Tom remplit la brouette. Son père alla récupérer la pierre dans la corne au pied du pommier, accrocha le tout à sa ceinture.
Faut la mettre dans la grange ?
C’est bon, tu peux rentrer.
Mais je peux la ramener.
Oui, je sais.
Le père de Tom tassa l’herbe, posa la faux par-dessus, empoigna la brouette et commença à la faire rouler péniblement dans le chemin. Tom sauta à travers le petit buisson en évitant les orties, puis il finit par suivre son père à la trace. Ils se retrouvèrent bien vite tous les deux sur la route menant à la ferme. Quand Tom jeta un regard derrière lui, il ne vit plus ni l’île de lumière, ni les deux pommiers.
Va à la maison, voir ta mère et ta grand-mère.
D’accord.
Et dis à ta mère qu’elle sait où me trouver.
D’accord. Je lui dirais.

10 Zico

Aux coups contre la porte, Tom rejoignait sa chambre. Lorsque les gens s’étaient installés dans la salle à manger et que la conversation avait commencé, il ouvrait la fenêtre avec une infinie précaution. Alors, il sautait dans la cour.
En règle générale, il se rendait dans le champ que ses parents appelaient « la terre plate ». C’est là, précisément, qu’il commença à organiser un championnat de football.
Son équipe le remporta trois années consécutives ; il marqua des buts dans chacune des finales ; exploit exceptionnel : la troisième année, il pulvérisa le record de buts sur l’ensemble de la compétition, avec 34 réalisations. Malheureusement, c’est cette même année qu’il dut mettre un terme définitif à sa carrière à même pas quinze ans.

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