Sourire

Je l’aime et …

Revenant, j’imagine en souriant, j’imagine la douceur, endormi, mon ventre au creux, mon souffle dans ses cheveux.

C’est une erreur. C’est un fantôme.

J’avais oublié mes clés. J’ai été obligé de réveiller mon bel ange qui dormait à poings fermés.

Lorsqu’on réveille un ange, qui sait en quoi il peut se transformer, même si c’est toute lenteur, petites touches, insidieusement.

Rue Jean-Dorat

L’endroit où j’ai été le plus heureux, c’est l’appartement de la Rue Jean-Dorat. J’y ai vécu environ trois ans avec ma copine de l’époque. C’était notre premier appartement à tous les deux. C’était il y a vingt-cinq ans.

Aujourd’hui, je vis dans une maison à un quart d’heure de mon travail avec ma femme et nos deux filles adolescentes. Tout va bien entre nous. Julie et moi, nous nous aimons et nous élevons nos enfants avec amour. Mon travail de responsable d’exploitation me pompe beaucoup de temps, le téléphone arrête rarement de sonner, les journées sont à rallonge. Mais Julie a compris mes motivations et m’a toujours soutenu dans chacune de mes évolutions.
Lorsque j’ai vu que je ne réussirai pas dans les études, j’ai décidé de tout arrêter. Je n’ai pas mis longtemps à trouver un emploi et c’est dans la société de nettoyage pour laquelle je me lève encore tous les matins que j’ai atterri. J’y ai commencé simple agent : balais, aspirateurs, auto-laveuses et détermination et j’ai gravi les échelons assez rapidement. Maintenant, je ne touche plus souvent le matériel avec lequel j’ai mis la main à la pâte, responsable d’un secteur sur le département, je visite les chantiers, vais voir nos agents sur place et nos clients. Bref, tout ça me plaît même si la masse de travail n’a cessé et ne cesse encore d’augmenter.

Il me semble attendre le week-end avec de plus en plus d’impatience. Julie et moi, nous nous retrouvons et les filles sont quand même contentes aussi de voir un peu plus leur père, même si elles ont déjà des vies à elles à cet âge. Je vais avoir quarante-cinq ans et ces derniers temps, j’ai senti que je vieillissais. Peut-être est-ce une petite crise de la quarantaine avec un léger retard. C’est pourquoi je me mets souvent à penser avec nostalgie à l’époque de la Rue Jean-Dorat. Peu importe, ma vie me va, je ne souhaite pas en changer.

Cependant, si on me demandait – je sais, je sais, qu’on ne me le demande pas ! – l’endroit où j’ai été le plus heureux, je ne dirais pas mon actuelle maison avec ma femme et mes enfants.
Notre immeuble faisait l’angle avec la ruelle en pente raide qui descendait jusqu’à l’Intermarché et au Parc Labussière. Nous avions deux pièces et trente-cinq mètres carrés au premier étage qu’il avait fallu meubler avec des choses provenant de chez ma mère et de chez ses parents à elle. Je me rappelle encore tellement l’escalier aux larges marches de bois gondolé que j’ai monté si souvent en sa compagnie ou pour aller la rejoindre.
Nous avons fait l’amour le jour de notre installation sur un simple matelas posé par terre et quand je nous revois là-bas tous les deux, c’est souvent comme ça.
Elle n’était pas très intelligente et moi non plus. Sa bêtise venait de son absence d’études, la mienne d’une enfance un peu trop choyée. Nous nous aimions, ça j’en suis sûr, sinon rien n’aurait été possible. Si je pouvais me rappeler comment j’étais à l’époque, je dirais peut-être que j’avais l’âge de mes désirs. Ça, je ne l’ai sûrement plus.

Ainsi de suite

Je l’aime et …

Des voitures entrent, des voitures sortent. Je suis incapable d’en faire le compte, d’ajouter et de soustraire au total du départ, que d’ailleurs je ne connais pas. Je ne peux que supputer que celles qui entrent comblent les vides laissés par celles qui sortent.

Ce sont phares contre phares. Et je vois tout ça sur mon écran.

Ils contaminent un des coins, ensuite, tout le bord inférieur. On dirait une feuille de papier à laquelle on met le feu. La feuille s’embrase, très rapidement, de plus en plus. Et puis soudain, hop, la feuille est à nouveau nette, comme par enchantement.
Commence alors l’attente d’une nouvelle flamme.

Elle n’est pas longue. La voiture-flamme survient. Embrasement, hop, la feuille à nouveau nette.

Plus une, moins une, plus une, plus une, moins une, moins une, ainsi de suite.

Un compte m’aiderait, je le sais à saisir, je ne sais quoi au juste mais un compte m’aiderait.

Flamme, embrasement, hop, feuille à nouveau nette, flamme, embrasement, hop, feuille à nouveau nette, flamme, embrasement, hop, feuille à nouveau nette, ainsi de suite.
Hop, hop, hop, ainsi de suite.

Point aveugle

Je l’aime et …

Je ne sais pas où tu habites. J’espère que tu y es heureux.

L’amour de ma vie. Ma femme, l’amour de ma vie. Ma femme. Ton mari aimant.

Au cinéma. Au restaurant. En voiture, revenant du parc avec notre fils.

Je ne sais pas où tu habites mais j’espère que tu y es heureux. Oui, j’espère que tu es heureux. A en croire ton Insta, c’est le cas … Même si je ne sais, même si je ne vois pas comment.

Ma femme, l’amour de ma vie. Revenant du parc avec notre fils.

Sueurs

Je l’aime et …

A vous, dehors, j’envoie un représentant, mon petit automate, qui sait vous parler, qui sait vous écouter, qui essaie de vous faire rire.

La peur de l’intimité fait battre mon cœur comme un tambour.

A travers les fentes de la porte de ce réduit où je me suis enfermé moi-même, je peine à respirer.

Je ne me souviens plus du jour où je suis allé vers ce réduit, le réduit de la haine de soi.

La maison heureuse

Je l’aime et …

Si je reste, comme je pourrais le faire, assez longtemps à la fixer, au sens propre ou en esprit, beaucoup de mon enfance me revient. Des moments qui, jusqu’à preuve du contraire, sont joyeux.

Je ne peux voir que de frêles nuages vite dissipés l’ayant survolés elle depuis lors.

Non, ce n’est pas le lieu, ce sont les gens.

La maison heureuse, paupières grandes ouvertes, ironise sur la nuit qui m’entoure.

Aigueperse

J’arrive à l’école d’Aigueperse
Mais ne fais que passer
Moi je vais aller plus loin
Et devant pour y revenir
Il y aura toutes ces années

Vers les fous et les animaux
Vers le vent, ses changements
Vers la vitesse et les accidents

Je prends
Le risque
De ne plus me souvenir d’Aigueperse
Le risque
L’inconnu, les chemins de traverse

J’ai bien trop longtemps sondé
Et mon désir et ma bêtise
Je ne peux plus reculer
Je ne sais ce qu’il y a
Mais je suis comme aimanté

Vers les villes et le vague
Vers la brume et le bruit
Vers la laideur et sa beauté

Je prends
Le risque
De ne plus me souvenir d’Aigueperse
Le risque
Le jeu, même avec une seule tierce

Slalom

Les ruelles, les sens interdits
Les interdits, les petites permissions
Les prescriptions, les précautions

Les dinosaures et les souris
Les sourires et les rictus
Les injouables et les injustes

La neige fondue, son paradis
Son paradis perdu, le pardon
Le ciel ouvert et ses prisons

Le dégoût flou de mes envies
Mon envie de tout, tout envoyer
De vous envoyer tout balader

Ma place n’est pas ici
Déjà ma place n’est plus ici
Ma place n’est pas ici
Ma place n’est pas ici

Ils ont voulu m’apprendre toutes les sciences
Comme ils avaient essayé avec la patience
Mais j’avais choisi de faire
Autrement, plus rapidement
J’ai choisi de faire
La buissonnière
Ils ont voulu que je prenne le droit chemin
Car c’est celui qu’avaient pris les anciens
Mais j’avais choisi de faire
Autrement, plus rapidement
J’ai choisi de faire
La buissonnière

Entre les verrous et les sésames
Entre la création et le carnage
Je slalome, semble aller sans but
Chaque phrase est une chute

Et il peut m’arriver
Encore de m’étonner
Que tu ne m’aies pas arrêté
Quand tu m’as vu passer …

Slalom
Tout ce que j’ai été
Slalom
Ce que je n’ai pas été
Slalom slalom
Slalom

J’ai slalomé sur le ciment sale
Entre les silences et le signal
Les chiens fous, le hasard
C’était mon circuit, le noir
Pourrissaient jours et semaines
Ces villes froides et incertaines
Les lapins au fond de leurs cages
Mais avec la colère et la rage

J’ai slalomé dans des eaux glacées
Entre les carpes et les carnassiers
Des eaux calmes mais troublées
Des algues où je me suis coulé
Languissait ce vent du large
Porteur d’odeurs de décharge
Les rues des ports et leurs pièges
La nuit allumant ses cierges

J’ai slalomé dans une vie étrange
Entre les jambes et les anges
Toute la beauté ou ses mimes
C’était ma chanson, mes rimes
S’obscurcissaient mes visions
En même temps que l’horizon
Zigzaguait en dents de scie
Ce désir qui m’avait bien pris

J’ai slalomé entravé de chênes
Entre les écorces et les lichens
Les rapaces et les rapides
C’était mon circuit, le vide
Grossissaient pluies et peurs
La forêt saine et sans cœur
Et les buses sur leurs piquets
Se détournaient me voyant passer

Slalom
Tout ce que je dirais
Slalom
Et puis ce que je tairais
Slalom slalom
Slalom

La passivité

C’est l’histoire d’un homme.
Il marche dans la rue. Seul. Son regard est soudain capté par un tableau exposé dans une vitrine. Après l’avoir observé un moment, il se demande pourquoi il a été attiré ainsi, lui qui n’est pas particulièrement féru de peinture. Mais il est spécial.
Comme il ne peut connaître le nom de ce tableau et qu’il se dit qu’il lui en faut un, il le nomme. La passivité. Il ne peut pas l’expliquer. Ça lui est venu comme ça. Ce qu’il avait pris pour un monochrome se révélait à la longue ne pas en être un.

Un homme marche depuis longtemps déjà. Il a pris la décision au départ d’aller toujours droit devant et celle d’adopter un rythme, continu, soutenu, sans quoi il le sait, il sombrerait.
Ce qu’il avait pris pour un désert totalement plat se révélait à la longue ne pas en être un. Dunes et dépressions. Et il y avait aussi tout ce qui peut naître de l’absence : mirages et perspectives constamment lointaines.

Je revis la même chose. Tout le temps, dit-il à voix haute, quand il en fait le constat.
Mais ce qu’il avait pris pour une vérité se révélait à la longue ne pas en être une.

Je ne peux pas l’aimer à ce point

Telle
Une ballerine danser
Telle
Une maîtresse glisser
Sur tant de fausses pistes
Telle vipère

Chanter
Changer
Totalement la nature des choses
En un clin d’œil

Plusieurs histoires
Dans chaque paume
Alors qu’au même instant
Mes mains étaient vides
Et crispées
Faire fi
De toute ma poésie
Bien qu’étant pour elle
Mettre le doigt
Appuyer sur
L’inutilité de tout ça
Pire
En rire

Toutes questions
Toutes réponses
Tout savoir et tout dire

Une chance cruelle
Quelque pu être le jeu

Le regard noir
Aucune tendresse
Descendre
Des fleuves d’indifférence

Imaginer
Une suite à donner à tout ça

Me fixer longtemps
Intensément
Alors qu’elle me savait déjà hypnotisé

Regarder ailleurs
Vers d’autres plus à même
De la guider ou de la consoler
Au choix

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