Samedi après-midi

Ce n’est pas qu’il dise quoi que ce soit. Ce n’est pas qu’il fasse quoi que ce soit. C’est juste que c’est comme ça, que c’est moi.
Je ne lui en veux pas. Je voudrais juste être seul, dans ces moments-là.

Lorsqu’on est là, lui et moi, assis sur notre banc, il peut arriver un samedi après-midi que là-bas en blanc, une, plus que les autres, me fasse penser très fort à ma Lucie.

Il n’y avait pas de confettis mais c’était mon plus bel après-midi.

Bien souvent, je suis content qu’il n’y ait plus de musique, je ne saurais plus danser. Je le sais, je serais émouvant, ça veut dire pathétique.

Lucie, tu vois, tu vois ce que je dis : des idioties.

Jérusalem

La ville se déshabillant
Dans une pelure de bruits
Un simple effeuillage savant
Avec son triangle d’envie

Les chambres restent bleues
Mais les oiseaux s’égorgent
Mélancolie, misère des cieux
L’odeur de soufre fend la gorge

La cigarette, le papier peint
Inoccupée la danseuse s’expose
Le désespoir, la fierté des seins
Des vagues à l’empreinte rose

La lave qui coule en cascade
Dans les couloirs de ma jeunesse
Le fantôme torve dans son cadre
Sort une main affreuse, me caresse

Jérusalem Jérusalem
Jérusalem indolente
Jérusalem Jérusalem
Jérusalem inquiétante

Le grand taureau exilé dans le soir
Des parfums pour les amants transpercés
Le rythme du sang traversé de guitares
Le fleuve de boue charriant d’obscures pensées
Le grand taureau traversé de guitares
Des parfums pour charrier d’obscures pensées
Le rythme du sang exilé dans le soir
Le fleuve de boue, les amants transpercés

Le grand taureau charriant d’obscures pensées
Des parfums pour traversée de guitares
Le rythme du sang des amants transpercés
Le fleuve de boue exilé dans le soir

Jérusalem Jérusalem
Jérusalem inquiétante
Jérusalem Jérusalem
Jérusalem insolente

Mais tu n’es pas …
Mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas !
Mais tu n’es pas …
Mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas !

La passerelle

Un vieil homme, un jeune homme, une jeune fille sont les seuls trois personnes sur la passerelle. C’est la tombée de la nuit. Le jeune homme a passé son bras autour du cou de la jeune fille. Le vieil homme va dans un sens, les jeunes dans l’autre, ils vont se croiser sans tarder.
Le vieil homme regarde le couple. Eux aussi regardent le vieil homme, mais le voient sans le voir. C’est l’effet qu’ils font, semblant poser les yeux sur les gens, les choses, la ville mais ne se voir que l’un l’autre.

Ça y est, le vieil homme et le couple se sont croisés.
Que peut penser le jeune homme, la jeune fille ?
Le vieil homme, lui, pense : « C’est la tombée de la nuit, notre journée a été fantastique et je suis fier de rentrer avec toi, de mettre mon bras autour de ton cou. Tu es mon amour, tu es ma vie, mon avenir. Et je promets de t’aimer ma vie durant ».
Ce sont des mots que le vieil homme a pensé de la même manière qu’il les pense aujourd’hui mais qu’il ne se souvient pas avoir prononcés.
Il regarde furtivement le ciel et les étoiles invisibles de la nuit.

Cacophonie n°9

Dans les zones, sous la couche d’ozone, sur les …
… … Non !
… … … … Zut !
Dans les zones, sous la couche d’ozone, des zombies …
… … Des zouaves
… … … … Des zinzins … zen
… … Zut !
… … … … Zut ! Zup !
… … … … … … Zup, Z.U.P. Une zone à urbaniser en priorité !
Dans les zones, zones où …
… … La couche d’ozone ?
… … … … Le zozo zozote au zoo ?
… … … … … … Nous devons en priorité urbaniser cette zone !
Dans les zoos …
… … Zoo
… … … … Zut !
… … … … … … Une zup, Messieurs, une zup, Z.U.P.
Dans les zones, zones sous la couche d’ozone …
… … Zut !
… … … … Zac !
… … … … … … Ah oui, une zac
… … … … Zac, oui zac !
… … … … … … Z.A.C. Zone d’aménagement concerté.
Bon, dans les eaux …
… … … … … … Concertons-nous pour aménager cette zone !
Dans les eaux, zones …
… … … … Zozones ?
… … Sous la couche d’ozone
… … Zut !
… … … … Zut !
Zut …
… … … … … … Zup, Z.U.P. Zone à urbaniser par priorité.
Dans les eaux tumultueuses …
… … … … … … Zep, Z.E.P. Zone d’éducation prioritaire.
… … … … … … Zad, zone à déf…
Dans les zones à …
… … … … … … Non, Z.A.D. Zone d’aménagement différé.
… … Zone à ?
… … … … Zone A
… … Alors zone B
… … … … Puis zone C
… … Et zone D
… … … … … … C’est cela, une zad, zone d’am…
… … Zone F
… … … … Zef
… … … … … … Une zef, Z.E.F. Une zone d’éducation foncière.
… … Zone G
… … … … Zone gène, zone érogène
Dans les zones érogènes …
… … Érotiques
… … … … Tactique, tactique, tic-tac, tic-tac
… … Zone K
… … … … … … Zic, Z.I.C. Zone d’intervention concertée.
Quoi …
… … … … … … Concertons-nous pour intervenir dans cette zone !
… … Allez zone P
… … … … Zone pied, zone nez
… … Buleuse
Une nébuleuse, dans les eaux tumultueuses …
… … … … Zone bras
… … Zone 3
Ensemble de sons
… … … … Zone 3
… … Zone 3
… … … … Z 3
De bruits discordants
… … Z 3, z 3, z 3
… … … … Zèbra
Peu harmonieux
… … Z 3, z 3
… … … … Zèbra, zèbra 3
En particulier de mots
… … Zèbra 3, zèbra 3
… … … … Vous m’entendez ?
De syllabes
… … Zèbra 3, zèbra 3
… … … … Vous m’entendez ?
… … … … … … Zèbra, Z.E.B.R.A. Zone d’élaboration euh …
… … Zèbra 3, zèbra 3
… … … … … … De biodégradabilité …
… … Zèbra 3, zèbra 3, vous m’entendez ?
… … … … … … Au rendement aménagé.
… … … … Zèbra 3, si vous m’entendez, répondez zèbra 3

Acte VI

Grandes fenêtres pour y déclamer
Grands châteaux pour y conspirer
Belles victoires, beaux costumes
Beaux sorts et belles fortunes

Et nous applaudissons
Et nous applaudissons

Mais quel est ce boulot ?
Et quelle est cette peau ?
Qu’avons-nous ces oripeaux
Nous les acteurs principaux ?

Et nous applaudissons
Et nous applaudissons

Si elle fait que nous sommes
De ceux qui vous ovationnent
Mais quelle est cette peau ?
Et quel est ce boulot ?

Et nous applaudissons
Et nous applaudissons

Rochechouart ( Etude )

L’aube dans le brouillard
Quelque part
Rochechouart
C’est l’enfance de l’art

Une partie de la nuit, l’ancienne gare était en fête
Un petit comité de rires, d’alcools et de pétards
Quelque chose rappelant aisément d’autres fêtes

Ce matin, le jour peine à se lever sur la médiathèque
Y a-t-il là-bas dans les rayons mon William Saroyan
Cet « audacieux jeune homme au trapèze volant ? »

C’est quoi ton histoire ?
Rochechouart ?
Okay y’a une éternité
Une pierre est tombée …

Ton aube dans le brouillard
Rochechouart
Quelque part
C’est l’enfance de l’art

Le roi cocu

Avoir le cœur sur la main, mettre sa main au feu
La charrue, celle de l’homme qui a volé les œufs

Le roi cocu enchaîné sur la butte
Ce roi cocu enchaîné sur la butte
Se voit cocu enchaîné sur la butte
Gros-Jean
Comme devant

L’aiguille dans la botte de foin
Donner sa langue à son chas
Tenter d’y passer un chameau

Pas bien échappé, traînant son lien
Monté sur ses grands chevaux
Et ne trouvant rien sous leurs pas

Le roi cocu enchaîné sur la butte
Ce roi cocu enchaîné sur la butte
Se voit cocu enchaîné sur la butte
Gros-Jean
Comme devant

Donner sans confession le bon Dieu
Et tirer le diable par la queue

… … … … … …

( Au départ, le livre Tout Ubu ( Alfred Jarry ))

Jésus Marie Joseph

J’étais parti éliminer les toxines d’une humeur brandebourgeoise
Mais on sait qu’tous les parcours ne se font qu’entre tuiles et ardoises
J’ai dit Jésus, Jésus Marie Joseph
Pas aujourd’hui qu’tu feras une perf’
Obligé de réduire pas mal la voilure
Et de dire au diable tous les augures

Un vieux sur le bas-côté se grattant le bide à la Baden-Powell
Dit alors que je ne voulais rien que son chien s’appelait Abel
J’ai dit Jésus, Jésus Marie Joseph
J’aurais mieux fait d’aller à la pêche
J’imaginais que ce chien avait un frère
Mais comment s’appelait le propriétaire ?

Je taxais juste un peu de pollen dans la réserve d’une coccinelle
Comme elle me regarda j’me dis qu’elle allait déployer ses ailes
J’ai dit Jésus, Jésus Marie Joseph
C’est pas sûr que prenne la greffe
En moi tout un mélange de déjà-vu
Et d’impressions de tomber des nues

Nom de Dieu je n’ai vraiment pas été loin de dire Adieu Berthe
Mais au final bien ou mal tout ça n’sera qu’une fausse alerte
J’ai dit Jésus, Jésus Marie Joseph
Ça va, doc, tu peux retirer la perf’
On verra bien ce que sera demain
Et je me cherchais une rime en vain

Flash-back

Il faut que je te dise ce que j’ai lu sur le journal d’aujourd’hui. Pierrot a disparu. Pierrot, tu te rappelles, c’est le mec de Flash-back.
Je me doute que tu dirais : « Qu’est-ce qu’on a pu y aller là-bas ! » Et que tu rajouterais : « C’est même chez lui que j’ai trouvé mon vinyle de Dark side of the moon ».
Il n’a pas donné signe de vie depuis le week-end dernier. J’ai su que c’était lui parce qu’il y avait sa photo. Il y avait son nom aussi mais peu importe, nous, on l’a toujours appelé Pierrot.

Je ne sais pas pourquoi j’ai eu soudain envie d’écrire ça. Comme si tu allais frapper à ma porte et entrer et que je pourrais te le dire. Sans doute parce que ce mec et son magasin ne pouvaient que me faire repenser à toi et aux bons moments passés ensemble là-bas.
Et je ne me rends compte que maintenant de la coïncidence – tu me dirais sans doute que ce n’en est pas une – mais j’ai pris à la médiathèque deux disques des Doors. Je vais te dire les titres. Morrison Hotel, L.A. Woman. C’étaient tes préférés je me souviens.

Jours de lenteur

L’intitulé de ma mission
Déjà écrit au brouillon
Comme le tableau endormi
Dans les yeux de Tanguy

Hirondelle
Petite aile
Ma petite aile
C’était toi
Toujours toi

Le bateau se réveillera
Ah sa sacrée gueule de bois !
Avec les yeux endormis
Sur le tableau de Tanguy

Hirondelle
Petite aile
Ma petite aile
C’était toi
Toujours toi

Mais tu as eu comme en horreur
De vivre des jours de lenteur
C’est comme ça que ma mission
N’est restée qu’un brouillon

Hirondelle
Petite aile
Quel ciel
S’il est sans toi ?

( Tableau : Jour de lenteur ( Yves Tanguy ) ( 1937 ))

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