Pause

Une femme appuyée sur la rambarde du balcon au 4ème étage fume une cigarette, ses cendres volettent comme ses pensées et son regard tombe sur une fenêtre ouverte du rez-de-chaussée de l’autre côté où, dans les yeux noirs d’une blonde platine, un homme cherche un signe pour s’avancer et sur le corps de la fille un endroit où exercer sa dextérité quand, par une porte dérobée, survient un deuxième homme qui sort de sa veste un revolver, s’apprêtant à donner au premier une bonne définition du mot « pigeon » et c’est ce moment-là que la femme choisit pour jeter son mégot, se retourner et frapper deux fois dans ses mains : « Allez, on continue, acte 3, scène 7″.

L’art de vivre

La pomme qui avait gobé la mouche
Avait avant comme effacé ma bouche
Si c’était un tableau de Magritte
Je n’en connaissais pas le titre
J’attendais juste qu’on m’invite
A attendre la suite

La pomme qui avait gobé mon sourire
Avait avant comme effacé l’avenir
Si c’était un tableau de Magritte
Je n’avais pas voix au chapitre
J’attendais juste qu’on m’invite
A attendre la suite

Sur l’île observant le temps avec l’espace pour ça
Le ciel dans un nuage et cette île qui était en moi

Comme la mer sur les écailles d’un poisson
Dans une fenêtre un pays dans une maison

Ecrit sur le masque le secret mis au jour
De l’homme à l’intérieur de son amour

La pomme qui avait gobé la mouche
Avait avant comme effacé ma bouche
Si c’était un tableau de Magritte
A quoi pouvait me servir le titre ?

La toile

Je l’aime et …

Maintenant la toile est achevée, le voile en est levé.

Que fait-elle ? Le modèle s’en est allé. Que regarde-t-elle ?

Je n’ai fait que vouloir et … tout s’est enchaîné.

Alors il m’a fallu renoncer un temps – pour pouvoir recommencer. Abandonner – pour y croire à nouveau. La perdre – pour pouvoir la retrouver. L’oublier pour la voir. La peindre de mémoire.

Maintenant que la toile est achevée, que le voile en est levé, je ne me souviens plus. Mon intention première. Est-ce mieux ou pire, je ne saurais dire.

Que fait-elle ? Que regarde-t-elle ?
Ce que je n’ai pas peint, ce que je n’ai pas pu.

Tout pourrait … se mélanger, tout se mélange. Je ne peux me souvenir d’elle comme ça. Mais c’est comme ça qu’elle est maintenant devant moi.

Souffrir la comparaison

J’en ai pris pour perpète
Des choses dans ma tête
Les verres d’Old River
En guise de somnifère
Eloignent quelques heures
Le retour de la colère

Ce sont mes araignées mes serpents
Avec ces gens
Avec ces gens
Aucun arrangement

Ce sont mes araignées mes serpents
Avec ces gens
Avec ces gens
Aucun arrangement

J’m'en remets au dragon
De la pure compromission
Je vais bien en rire souvent
Ou souffrir la comparaison
Avec un animal hurlant

L’orage

Je l’aime et …

Tu ne m’aimes pas, tu viens de le lui dire, mais moi, je ne cherche qu’à lui éclairer la beauté de ton visage.

Chercheur

Je l’aime et …

Cela vient du fait que je me suis mis à chercher quelque chose. Et que je me suis mis à chercher ce quelque chose au mauvais moment.
Peut-être aurais-je dû chercher ce quelque chose de l’autre côté de la montagne ?
Parce que le mauvais moment était avant le mauvais endroit. Je ne sais pas comment. Une plaine immense, désertique.

En fait, quand j’y pense, tout cela a sans aucun doute transformé la chose que je cherche.
Mais peu importe, c’est le mauvais moment qui m’a transformé moi, chercheur, en un autre, qui ne sait plus ce qu’il cherche, qui ne sait plus même s’il est encore … chercheur.

Valéria

Aujourd’hui, en rangeant de vieux papiers, je suis tombée sur ce texte. Je croyais pertinemment l’avoir perdu. Bien sûr, il ne vaut pas grand chose mais ça m’a fichu un coup, presque une larme, parce que c’est sans aucun doute mon tout premier.
Dans ce texte, je dis que je n’écris pas; quand je pense aux pages que j’ai noircies depuis !

De retour chez moi, j’ai écrit sur une feuille blanche « La mante noire » et à côté « Valéria ». Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça, je n’écris pas, ni journal intime, ni rien.
Après l’entracte, quand la musique est repartie, ils sont revenus et se sont collés à la scène. Lui ne portait plus sa veste qu’il avait sur l’épaule mais conservait comme avant les mains dans les poches, sauf pour fumer ou bien boire une gorgée de bière à son gobelet posé à côté d’une enceinte; elle … elle n’avait plus ce long manteau noir qui, de la distance à laquelle je l’avais vu avant, faisait penser à une cape … ou à de grandes ailes au repos.
Par instants, elle mettait une cigarette dans un fume-cigarette, chaloupant toujours, plus doucement, faisant tomber les cendres d’un léger coup avec le doigt. La cigarette consumée, elle l’écrasait du talon de sa bottine, puis se remettait à danser, cette fois le faisant plus sauvagement, étalant sans fausse note le prodige de ses courbes. Elle dansait seule, balançant la tête, ses bras au-dessus d’elle paraissant jongler avec des bulles d’air ou contre son dos à lui, son corps s’y lovant parfaitement.
J’ai demandé une cigarette à un homme à côté de moi. Après me l’avoir allumée, il m’a regardé, intrigué d’abord, amusé ensuite. Ça se voyait que je n’avais pour ainsi dire pas fumer de ma vie, et plus du tout depuis le lycée.
C’est sous le regard humide de certains hommes, comme celui de la cigarette, que je lui ai donné ce prénom, comme ça, comme pour moi.

Samedi après-midi

Ce n’est pas qu’il dise quoi que ce soit. Ce n’est pas qu’il fasse quoi que ce soit. C’est juste que c’est comme ça, que c’est moi.
Je ne lui en veux pas. Je voudrais juste être seul, dans ces moments-là.

Lorsqu’on est là, lui et moi, assis sur notre banc, il peut arriver un samedi après-midi que là-bas en blanc, une, plus que les autres, me fasse penser très fort à ma Lucie.

Il n’y avait pas de confettis mais c’était mon plus bel après-midi.

Bien souvent, je suis content qu’il n’y ait plus de musique, je ne saurais plus danser. Je le sais, je serais émouvant, ça veut dire pathétique.

Lucie, tu vois, tu vois ce que je dis : des idioties.

Jérusalem

La ville se déshabillant
Dans une pelure de bruits
Un simple effeuillage savant
Avec son triangle d’envie

Les chambres restent bleues
Mais les oiseaux s’égorgent
Mélancolie, misère des cieux
L’odeur de soufre fend la gorge

La cigarette, le papier peint
Inoccupée la danseuse s’expose
Le désespoir, la fierté des seins
Des vagues à l’empreinte rose

La lave qui coule en cascade
Dans les couloirs de ma jeunesse
Le fantôme torve dans son cadre
Sort une main affreuse, me caresse

Jérusalem Jérusalem
Jérusalem indolente
Jérusalem Jérusalem
Jérusalem inquiétante

Le grand taureau exilé dans le soir
Des parfums pour les amants transpercés
Le rythme du sang traversé de guitares
Le fleuve de boue charriant d’obscures pensées
Le grand taureau traversé de guitares
Des parfums pour charrier d’obscures pensées
Le rythme du sang exilé dans le soir
Le fleuve de boue, les amants transpercés

Le grand taureau charriant d’obscures pensées
Des parfums pour traversée de guitares
Le rythme du sang des amants transpercés
Le fleuve de boue exilé dans le soir

Jérusalem Jérusalem
Jérusalem inquiétante
Jérusalem Jérusalem
Jérusalem insolente

Mais tu n’es pas …
Mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas !
Mais tu n’es pas …
Mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas mais tu n’es pas !

La passerelle

Un vieil homme, un jeune homme, une jeune fille sont les seuls trois personnes sur la passerelle. C’est la tombée de la nuit. Le jeune homme a passé son bras autour du cou de la jeune fille. Le vieil homme va dans un sens, les jeunes dans l’autre, ils vont se croiser sans tarder.
Le vieil homme regarde le couple. Eux aussi regardent le vieil homme, mais le voient sans le voir. C’est l’effet qu’ils font, semblant poser les yeux sur les gens, les choses, la ville mais ne se voir que l’un l’autre.

Ça y est, le vieil homme et le couple se sont croisés.
Que peut penser le jeune homme, la jeune fille ?
Le vieil homme, lui, pense : « C’est la tombée de la nuit, notre journée a été fantastique et je suis fier de rentrer avec toi, de mettre mon bras autour de ton cou. Tu es mon amour, tu es ma vie, mon avenir. Et je promets de t’aimer ma vie durant ».
Ce sont des mots que le vieil homme a pensé de la même manière qu’il les pense aujourd’hui mais qu’il ne se souvient pas avoir prononcés.
Il regarde furtivement le ciel et les étoiles invisibles de la nuit.

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