Cette histoire blues

J’accroche mon regard
Aux lignes du papier peint
Il y a une histoire
Mais des fois ça n’vaut rien
C’est notre laboratoire
Occupé à se chercher un vaccin

Durant des jours froids
Comme la corde pour me pendre
Ne cherchant qu’le combat
Pour pouvoir mieux se rendre
Laissé cette histoire-là
Dans l’incapacité de me surprendre

Où perlent nos désirs
Et c’que la peur emporte
Ne faisais qu’réagir
Et tu m’prêtais main forte
Maintenant j’peux le dire
Cette histoire n’a jamais été la notre

Un soupçon d’amour

Bardel a fini sa carrière dans l’armée comme colonel, c’est ce que les collègues disent en tous cas et c’est comme ça qu’ils le surnomment : le colonel. Lui, il semble qu’il n’en parle jamais ; il faut bien dire aussi qu’il n’est pas très bavard. Quand on le remplace, il ne dit rien, à croire qu’il ne se passe jamais rien la nuit quand il est de service. Quand c’est l’inverse, il écoute les consignes et le plus qui va sortir de sa bouche c’est : Bien. Okay.
Alors je ne sais plus quelle connerie Guillaume a pu dire ce jour-là pour que d’un seul coup, Bardel se mette à nous parler de l’Indochine.

Guillaume et moi, nous ne nous regardons pas mais nous sommes aussi surpris l’un que l’autre.
Là-bas, dit Bardel, les filles faisaient n’importe quoi pour de l’argent. A l’époque, ça devait coûter un ou deux dollars. Sur la somme, il ne se souvient plus bien. Mais il se rappelle une fille en particulier. Et de nous décrire par le détail ce que cette fille faisait … « Et les mains aussi », fait-il.
Il hoche la tête, marque un silence, nous sourit.
Et puis il continue : et je ne pourrais dire si ce qu’il raconte est la vérité ou s’il est, comment dire, mû par son succès, mais les images de cette fille en particulier qu’ils nous propose sont de plus en plus obscènes. Nous sommes pourtant, Guillaume et moi, des adultes depuis un bon moment, nous sommes en couple ou nous l’avons été en tous cas mais devant Bardel, nous voilà tous les deux comme des enfants qui tombent pour la première fois sur un film porno.
Finalement, notre colonel lève le bras, le poing serré, le coude sur le ventre. Il rit, d’un rire indescriptible. « Elle faisait ça souvent », conclut-il.

Lorsque nous revenons de notre ronde, nous le trouvons assis dans le même fauteuil. C’est le Bardel que nous connaissons : muet, le visage impassible. Il flotte une forte odeur dans la pièce. Il est en train de feuilleter le livre que je vois traîner depuis longtemps sur la table. Son titre est Un soupçon d’amour. Sur la quatrième de couverture, une publicité pour un café.

Révolte blues

Comme je ne sais pas
Pourquoi pas m’asseoir par terre
Et puis pourquoi pas
Mettre un peu de Chet Baker
Je me dis : « Pas de repas
Sans qu’il y est du dessert ! »

Il est déjà tard
Et elle qui ne vient toujours pas
J’aimerais savoir
Mais que faire dans ces cas-là
Peut-être que c’est mon histoire
Espérer attendre ses pas

Il est déjà tard
J’ai été trop désinvolte
J’aimerais savoir
Arrêter de faire des voltes
Peut-être que c’est mon histoire
Telle est toujours ma récolte

L’un dans l’autre blues

Non, on n’a pas que ce qu’on trouve
Non, on n’a pas que ce qu’on trouve
Si l’un dans l’autre, on s’y retrouve

Non, notre vie n’est pas cette douve
Non, notre vie n’est pas cette douve
Si l’un dans l’autre, on s’y retrouve

Si je suis encore un enfant, tu me couves
Si je suis un chien, alors tu es une louve

Non, enlevons ce qui nous couvre
Non, enlevons ce qui nous couvre
Si l’un dans l’autre, on s’y retrouve

Élagage

Sa mère vient à la barrière du jardin où il travaille et ils regardent ensemble vers la sagne en bas. Ils ne voient personne mais ils peuvent entendre le bruit des tronçonneuses. Finalement, après des hésitations, elle se décide à aller dans cette direction et il reprend son travail.
Au bout d’un moment, ne la voyant pas revenir, il se penche par-dessus le petit muret. Elle est là-bas avec un homme au milieu de la route, en pleine discussion semble-t-il. Ils regardent des branches de noisetier fraîchement abattues près de la fontaine.
Lorsqu’il se penche à nouveau par-dessus le muret, il la voit qui revient, alors il quitte sa place derrière le lilas et va jusqu’à la barrière, jetant ses bras dessus.

Une voiture avec quatre hommes à l’intérieur ne tarde pas à longer le jardin et à s’arrêter. Seul le conducteur en descend. S’en suit une conversation rapide sur plusieurs arbres qui tous bordent la route : oui, les noisetiers sur lesquels ils viennent de se défouler sont à eux, tout comme le marronnier dans le pré à une petite centaine de mètres là-bas. Le poirier dans le champ à côté, par contre, non.
Le lilas ? fait-il.
L’homme le regarde avec un petit sourire. Non, ça ne monte pas, Monsieur.
Et le marronnier ? questionne sa mère.
Oui, nous allons le faire. Il faut qu’il y ait cinq mètres avec le fil, Madame.Y a-t-il un accès pour aller facilement dans les bois là-bas ? Et il montre ses bois du doigt.
Ils réfléchissent mais ne voient pas.
Bon, ça ne fait rien, on va se débrouiller.
Par contre, il ne faut pas mettre les branches sur la route ! s’exclame tout à coup sa mère.
On ne met pas les branches sur la route, Madame.
Il sait ce que sa mère veut dire par là : pour elle, la route comprend aussi le fossé.
Vous allez les mettre dans la cour.
Oui, Madame, dans la cour. Il va pour ajouter autre chose mais s’arrête. Oh et puis, s’il y en a une ou deux petites, on les mettra sur la route. Et il se met à rire.
Il a atteint son but. Sa mère le reprend aussitôt et répète ses consignes.

Ils sont tous les deux à côté des branches. Deux petites n’étaient pas sur le tas, elle lui a demandé de les y mettre et il vient de le faire. Il est maintenant assis sur un vieux poteau couché et il écoute sa mère parler. Elle a dit aux élagueurs d’enlever les branches tombées sur la clôture électrique. Ils lui ont répondu que de toute façon ils allaient le faire mais elle pense que si elle n’avait rien dit ils ne l’auraient pas fait. Elle le répète trois fois.
L’un des hommes lui a demandé s’il était son fils. Elle lui a répondu qu’il était son employé. Elle lui a dit aussi qu’ils faisaient un travail de cochons. Elle le répète trois fois.
Quelques minutes, il se demande la raison qui a poussé sa mère à dire qu’il était juste un employé.

Chien enragé

Je suis peut-être un cavalier sale
Tournant con dans le corral
Ne retrouvant plus son cheval

Tu veux lire entre les lignes du paysage
Le vent vient d’en tourner les pages
Il s’est tu maintenant, il soupire
Mais peut-être a-t-il encore à dire ?

Je suis peut-être un cavalier sale
Tournant con dans le corral
Ne retrouvant plus son cheval
Peut-être un écureuil de février
Dans son nid à l’âme rongée
Qui n’a plus rien à grignoter

Certains jours se sont fait paisibles
La vie quelque chose de possible
Tu as voulu bâtir ici ta maison
Il doit y avoir là une raison

Peut-être un écureuil de février
Dans son nid à l’âme rongée
Qui n’a plus rien à grignoter
Je suis peut-être un chien enragé
Qu’on ne pourra jamais soigner
Suant dehors ses pensées cachées

Ta rivière a bien sûr rejoint la mer
En diluant quelques larmes de colère
Ta feuille bien sûr n’est plus vierge
Et tu vois se rapprocher les berges

Je suis peut-être un chien enragé
Qu’on ne pourra jamais soigner
Suant dehors ses pensées cachées

Je suis peut-être tant de choses
Peut-être que ce que l’on propose
Mais qui peut savoir la vérité ?
Et qui se permet se résumer ?

Vestiaire blues

Je suis retourné dans notre vestiaire
Avec ses bancs ses porte-manteaux
Je suis retourné dans notre vestiaire
Le vide des bancs des porte-manteaux
Et c’est là seul dans le silence
Que j’ai entendu des sifflets des bravos

Alors encore une fois le blues
J’ai pensé à tout ce que j’ai perdu
Alors encore cette fois le blues
A tout ce que j’ai gagné et perdu
Oui c’est toujours comme ça le blues
Ce qui est là et pourtant ne l’est plus

Et j’avais bien une fière allure
De repenser à notre beau palmarès
Et j’avais bien une fière allure
De m’envelopper avec cette tristesse
Et de frissonner aux seules caresses
Que voulait me prodiguer sa torture

Bien sûr

Il faisait une chaleur étouffante et je suis allé aussitôt à son appartement et j’ai sonné peut-être quatre ou cinq fois – quatrième sonnette à partir du bas ; il n’y avait pas de nom mais elle ne le mettait jamais de toute façon – et il n’y a pas eu de réponse bien sûr.
Je suis allé m’acheter un paquet de clopes au coin de la rue en craquant le seul billet de mon porte-monnaie – elles avaient pas mal pris pendant tout ce temps – et je suis revenu me poster devant chez elle et sur le bord du trottoir, j’ai fumé deux clopes et quand un mec est sorti, je lui ai posé la question et il m’a bien sûr répondu que ça ne lui disait rien mais qu’il n’était pas là depuis longtemps et je l’ai bousculé et j’ai jeté un œil aux boites aux lettres et là non plus, je n’ai pas vu son nom.
Au premier bien sûr je ne l’ai pas vue et au deuxième non plus mais au troisième, j’ai entendu son rire en entrant et j’ai longé le comptoir et suis allé m’asseoir à une table dans un coin et une musique lourde, répétitive, glaciale passait à ce moment-là et le contraste m’a transpercé …
Elle m’a bien sûr aperçu quand le serveur est venu à ma table et elle a eu un mouvement d’arrêt et finalement, s’est décidée pour un sourire et s’est penchée pour jouer son coup.
C’était pas comme ça bien sûr que pendant ces années j’avais imaginé revenir dans cette putain de ville et que pendant ces derniers mois j’avais imaginé nos retrouvailles …
Bien sûr, la cinq, avec sa chance habituelle, est allée se loger dans une poche du milieu.

L’araignée du matin blues

Y’avait l’araignée du matin
Et puis la toile qu’elle tisse
Y’avait l’araignée du matin …
Et les appels des lendemains
Et cet espoir qu’ils hissent

Y’avaient des filles, brunes ou bien blondes
Pas en dire davantage
Y’avaient des filles, brunes ou bien blondes …
On avait découvert un monde
On était mais sans âge

Bien sûr que tout n’est pas perdu
Les murs blancs, la cantine
Bien sûr que tout n’est pas perdu …
Quelques visages et quelques culs
Les chansons de Springsteen

Fenêtre blues

Il doit bien y avoir une raison
On vient de me descendre d’un étage
Il doit bien y avoir une raison …
Cette chambre donne sur l’arrière
Et il y a là moins de passage

Qu’est-ce qu’il y a là-bas sur le toit ?
Qu’est-ce que j’entends ? Le tonnerre qui gronde ?
Qu’est-ce qu’il y a là-bas sur le toit ? …
Jusqu’à la salle de bains
Et puis voilà tout le bout du monde

Ma fenêtre aussi est sur l’arrière
Les bois et le village dans le fond
Ma fenêtre aussi est sur l’arrière …
Non n’y suis pas devin
Mais là-bas je connais les saisons

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